PEUT-ETRE EST-IL MÊME UNE FORME DE CONTRAT DE TRAVAIL PARTICULIÈREMENT PERTINENTE POUR UNE EPOQUE OU LES ÉVOLUTIONS SONT DEVENUES FULGURANTES…
Nous sommes au milieu des années 30. Pour lancer sa célèbre "Traction", André Citroën a délégué une petite équipe d'ingénieurs pour se rendre chez Budd, société américaine qui va fabriquer les outillages de production de son véhicule. Ils y partent donc, en bateau, ce qui suppose une petite semaine de mer aller, et autant pour le retour. Ces ingénieurs ont emporté les plans à l'échelle "1" de l'auto, mais quand ils arrivent chez Budd, problème ! Tout est coté en système métrique. Les ingénieurs français vont donc passer plusieurs jours, allongés sur les plans déroulés au sol, à tout reconvertir, sans calculette bien entendu, en système de mesures anglo-saxonnes. Un technicien embauché à l'âge de 25 ans à cette déjà lointaine époque, donc vers 1935, chez le constructeur français devra attendre une quarantaine d'années, soit en gros toute sa carrière, pour pouvoir enfin aller aux USA en 8 heures, par avion, et confier les calculs de conversion à une informatique (lourde et encore naissante) qui seront exécutés automatiquement en moins de temps qu'il en faut pour aller déjeuner.
Nous sommes début 2016. Il y a pile 10 ans, le smartphone n'existait pas. En 10 ans, les bouleversements dans la vie quotidienne et dans celle des entreprises ont été d'ampleur, tout comme ils l'avaient été au fil des 10 ans qui ont précédé, et bien sûr, pas uniquement dans le domaine des technologies. En 1996, le numérique lui-même en est à ses balbutiements pour le grand public, la France vit encore à l'heure du franc (dans le SME), Darty crée un site Internet (qui ne sera marchand qu'en 1999)…
C'est un constat, tout s'est accéléré. Les premiers abonnés au téléphone sur notre territoire l'ont été dans les années 1880-1890. Mais en 1975, il fallait encore deux ans de délai pour obtenir une ligne dans certains quartiers de Paris. En 2007 Apple a inauguré la génération du smartphone et 9 ans après, les ventes de ce téléphone intelligent tanguent du fait d'une saturation des taux d'équipement.
Dès lors, n'y a-t-il pas quelque chose de surréaliste en demandant à une entreprise d'assurer des embauches qui seraient encore pertinentes 15, 20 ou 30 ans plus tard ? Non seulement cela ressemble à ce que l'on résume familièrement par "foncer dans le brouillard", mais la contrainte d'un engagement sans limitation dans le temps confine à la tromperie. Ne serait-il pas plus raisonnable de tabler sur une durée plus courte mais certaine, et de trouver les moyens de placer la suite du futur professionnel pour le salarié comme pour l'entreprise dans un cadre plus réaliste face aux inéluctables évolutions ? Pour l'heure, le contrat de travail classique, le CDI, est entaché d'un déni de toute évolution profonde du travail. Bizarrement, on n'entend que du silence quand on cherche à détecter le moindre discours évoquant cette facette d'un souci qui ne peut que s'amplifier. Car non-seulement les évolutions majeures ne sont pas terminées, mais l'entrée en scène de plus en plus volumineuse de concurrents, pays et entreprises, va imposer des réactivités de plus en plus rapides.
Le CDD, en particulier dans la distribution (mais pas seulement) est avant tout un moyen de recruter des intervenants pour les périodes chaudes (approche des fêtes, par exemple) qui, hélas, ne durent qu'un temps. Le voici soudain décrit comme n'étant qu'une arme des entreprises pour contrer la difficulté de se séparer de salariés (ce qui est en partie vrai), n'est-il pas aussi et surtout, dans sa multiplication, le symptôme d'une plus profonde nécessité de revoir les règles du jeu en matière de réglementation du travail ?
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