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Les individus friands de musique ne sont pas tous des audiophiles. Les amateurs comme les authentiques mélomanes n'échappent pas à ce principe : écouter, c'est bien, à condition d'abord que ce soit commode.

 

- DVSM, 9 avril 2020. Il existe des individus qui cumulent deux profils, celui d'audiophile et celui de mélomane. Petit retour sur une terminologie précise. L'audiophile adore la bonne technique, celle qui va le plus loin possible dans la qualité de restitution. En général, il consacre beaucoup de temps et de ressources à faire évoluer son installation. Le mélomane connaît surtout la musique, les œuvres, les interprètes, mais est moins à cheval sur la distorsion ou le ciselé dans le haut du bas médium. Il est même capable d'éprouver un plaisir intense à l'écoute d'un morceau sur un crin-crin aux performances à peine acceptables. Enfin, il y a la population "ordinaire", qui aime tout simplement écouter de la musique. C'est la plus nombreuse. Le tout constitue une population, et bien sûr une clientèle, conquise ou à conquérir, dont les préférences et les comportements n'ont pas à être discutés.

 

Un peu démoralisant pour les défenseurs de la qualité, un facteur a pourtant nourri au fil des années le succès de tous les systèmes et équipements innovants, le volet pratique. Cela commence dès le début des années 60. Alors que des firmes perfectionnent leurs magnétophones dits "à bobines libres", avec en particulier une vitesse élevée du défilement du ruban magnétique, pour un rendu audio le meilleur possible, la cassette surgit et connaît rapidement une excellente diffusion. Même qualifiable de franchement limitée côté fidélité*, elle tient dans la poche, se manipule d'une seule main, va sans sourciller de la maison à la voiture, la commodité l'emporte. Pendant ce temps, dans les années 70, la haute-fidélité monte au firmament des loisirs à la mode. Cela en dépit d'un certain handicap, la relative médiocrité du disque microsillon**, sa principale source, n'offrant qu'une dynamique très moyenne, avouant une diaphonie (écart entre canal droit et canal gauche) au ras des pâquerettes, imposant une ribambelle de perfectionnements successifs qui ravissent les... audiophiles.

 

Toutefois, dès le début des années 80, un nouveau venu devrait changer la donne. Numérique, le CD audio apporte des performances que les spécialistes situent au moins au niveau des meilleures platines TD. Les enquêtes menées auprès des consommateurs révèlent cependant que ce disque compact doit son succès pour une large part à ses avantages purement manipulatoires. Petit (12 cm), pas fragile, commode à emporter en excursion, en vacances, et bien entendu en voiture dès que les lecteurs se plient aux contraintes de l'automobile, le côté pratique lui vaut la célébrité que l'on sait.

 

A l'heure du streaming, les choses, ou plus exactement les utilisateurs, n'ont finalement pas beaucoup changé. L'IFPI***, dans sa dernière étude en date, menée au niveau planétaire, souligne que l'écoute de la musique via les sources d'Internet (streaming, sites tels que Youtube, etc.) est plébiscitée à  47% pour son côté pratique, ce qui se confirme encore davantage avec des utilisateurs qui apprécient à 62% l'accès immédiat à des millions de titres, et à 61% le fait de pouvoir écouter ce que l'on veut quand on le veut. Si la très grande qualité des sources en Hi-Res n'est pas oubliée, elle vient bien loin derrière les critères de simplicité chers au plus grand nombre. La qualité oui, le compliqué, non.

 

* La cassette deviendra doucement "correcte", et puis excellente, même aux yeux (et oreilles) audiophiles, suite à l'avènement des "réducteurs de bruit", dont Dolby et en particulier le Dolby B, reste le plus connu, et aux progrès des magnétocassettes conquis par quelques spécialistes de l'électronique.

** Microsillon aujourd'hui plus connu sous le terme gratifiant de "vinyle", et redevenu l'un des supports vedettes de la musique bien restituée, non sans avoir subi des améliorations techniques que l'on voyait poindre il y a longtemps, avec ce qui se désignait par "gravure directe".

***IFPI, International Federation of the Phonographic Industry, organisation regroupant l'ensemble des industries phonographiques mondiales.

 

 

 

Tag(s) : #- A la Une, #- Son HR et Home cinéma

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