
Le gratuit a un atout, il est séducteur. Il a aussi un inconvénient, où qu'il se montre, il ne paye pas… Même en matière de télévision...
- DVSM, avril 2018 - Considérée à un moment comme une petite brouille anecdotique entre deux géants qui, au fond, ne risquaient pas grand-chose, la guéguerre entre le groupe TF1 et Orange était probablement le signe avant-coureur de soucis plus fondamentaux et de plus grande ampleur. Si ce dossier est pour le moment classé, d'autres sont sur le grill. Tout tourne autour d'un adjectif dont la manipulation s'avère aussi dangereuse que celle des acides les plus corrosifs, "gratuit". Utilisé depuis des lustres pour faire croire à des cadeaux (le sixième pot de yaourt, le quatrième amortisseur, les 20% de lessive en plus, annoncés comme gratuits dans leurs communications et PLV aguicheuses), ce qualificatif a bruyamment fait une spectaculaire irruption au royaume de l'électronique dès les débuts de la téléphonie mobile. Des téléphones étaient décrits comme gratuits ou presque par des opérateurs cherchant à développer leur activité naissante. Une astuce qui a vite été considérée comme un possible modèle économique, lequel n'a d'ailleurs pas réellement fonctionné pour ceux qui en avaient osé la promotion.
"Gratuit" a montré une autre de ses facettes possibles avec l'avènement de la TNT, et de chaînes de TV dont certaines étaient réellement gratuites (financées par la publicité, comme TF1 ou M6) d'autres, celles de la télévision publique, faussement et assez honteusement qualifiées de gratuites, un comble pour un service qui se paye par prélèvement obligatoire, et un peu aussi par les impôts (rallonges de l'Etat) quand la redevance (et un peu de pub…!) ne suffisent pas à boucler les budgets.
L'adjectif qui nous intéresse prend désormais une place presque encombrante dans les prolongements de cet épanouissement du PAF, qui s'est enrichi des boîtiers ADSL/fibre, avec bouquets etc. L'ennui, avec ce "gratuit", c'est que rien n'est gratuit, ni là, ni ailleurs, sauf l'investissement des bénévoles dans des actions humanitaires ou associatives. Il y a forcément des travaux, des services, des frais, etc. Le feu qui couve dans l'univers TV, mais n'est absolument pas éteint, et il sera peut-être inévitable de demander un jour à des utilisateurs de mettre la main à la poche, pour des triple play (ou quadruples) devenant plus onéreux. Il ne faudra pas s'étonner si les consommateurs demandent alors un décompte pour savoir ce qu'ils payent, point par point, et si le marché s'en trouve modifié. Le budget des ménages n'étant pour sa part pas extensible, et sujet à déclencher des "arbitrages". De cette bataille façon tourbillon, la signification de l'adjectif "gratuit" ne pourra sortir qu'écorné. Ainsi va l'avis (de celui qui paye…)
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