
Dans toute création d'infrastructure, ce qui inquiète, c'est l'innovation d'après...
> > > Pour mieux nous comprendre, prenons une autre voie, et en la circonstance, une voie... ferrée. Ce qui tombe bien, car le sujet est en plein dans l'actualité. Il y a quatre décennies, ignorant ou ne tenant pas compte de la fulgurante progression du taux d'équipement des ménages en automobiles, se voilant aussi la face sur les développements de l'aérien dans certaines régions du monde, dont les USA, des responsables éminents dans notre pays ont imaginé le TGV, lequel ne se résume pas à des rames capables de rouler très vite, mais constitue un véritable système "voie + matériel roulant". Ainsi est né le réseau des TGV, (marque déposée par la SNCF), lequel avait probablement et d'une manière ultra erronée été considéré comme sans véritable concurrent. Mais dès les années 80, le transporteur national s'est retrouvé d'une part face à une route (et des autoroutes) plébiscitées pour le porte à porte des individus comme des marchandises, et d'autre part par des avions de moins en moins chers et bien plus rapides que tout autre moyen de transport*. Ainsi, la SNCF se retrouve avec un réseau rapide difficilement rentable car en compétition avec les acteurs de l'aérien, et un ancien réseau de moins en moins utilisé mais qu'il faudrait quand même entretenir.
Côté haut débit, c'est exactement ce même piège dans lequel risquent de se retrouver ceux, privés ou collectivité (et contribuables), qui auraient l'audace de fibrer au delà du raisonnable. D'ailleurs, le câble, dépassé en terme de débit, est d'ores et déjà à remplacer pour se porter à la hauteur des besoins d'aujourd'hui, la 3G faisant elle-même figure que quasi antiquité du numérique.

Dès janvier, le rouleau compresseur de l'actualité va, CES de Las Vegas aidant, véhiculer des montagnes de communiqués démontrant les mérites et les perspectives de la 5G, désormais dans les starting-blocks. Le temps que la fibre se glisse dans notre France profonde, cette 5G sera opérationnelle. Et côté ciel, les flottes de satellites ne sont pas loin des pas de tirs des fusées prêtes à créer le maillage céleste qui devrait participer à l'apport universel de haut débit. Il faut donc choisir entre deux scénarios, pour comprendre le spectacle actuel, celui des imprévoyants ou celui des hypocrites. Les récentes envolées de Patrick Drahi à propos de sa volonté de fibrer le pays vite fait, bien fait, qui ont été récemment adroitement tempérés ont remis un peu d'huile sur ce feu. Orange fait circuler des petits utilitaires décorés à la gloire de cette fibre qui, sans doute pertinente dans les zones urbaines denses en habitat collectif, déjà bien moins en zones pavillonnaires, et relevant du vœux pieux pour nos campagnes, remuent le couteau dans la plaie. Les grandes affirmations verbales ne seraient-elles que des ustensiles servant à temporiser jusqu'au moment où les solutions plus en phase avec le futur deviendront évidentes ? C'est hautement probable. Chacun étant libre d'entendre ce qu'il veut dans ce qu'il écoute.
* En intégrant tous les paramètres, créer une ligne aérienne est nettement moins coûteux que son équivalence au sol, en voie ferrée ou routière, pour deux raisons. La ligne aérienne ne nécessite aucune emprise au sol (expropriations, acquisitions foncières) et aucun entretien (pas de nids de poules, pas de caténaires...). Par ailleurs, si un avion pour des liaisons ville à ville emporte moins de passagers qu'une rame TGV, il peut en transporter davantage grâce à sa vitesse. Il ne faut pas s'étonner du fait que les compagnies aériennes, notamment à coûts réduits, sont largement profitables, le train étant lourdement déficitaire.
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