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Chercher à faire venir "du" commerce pour réanimer le centre-ville est pile la démarche à l'envers...! Le commerce ne viendra que quand il y aura du monde... 

 

 

---DVSM---

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- DVSM, 10 mars 2026. Ambiance "pré-municipales", entre bons et moins bons remèdes… Quels élans, pour un improbable retour aux activités commerciales dans des rues et avenues délaissées.! Vœux pieux et promesses aléatoires, mais que n'affirmerait-on pas pour être élu…? Il ne faudrait cependant pas aller trop vite en matière de condamnations. Côtoyant des envolées volontaristes et des projets réellement sincères, le fieffé mensonge, lourdement coupable si intentionnel, n'est qu’occasionnellement le nerf de la guerre de certaines campagnes électorales. En revanche, la grande promesse (électorale, donc...) n'est souvent que révélatrice d'une pardonnable (?) ignorance. Nombreuses sont en effet les illusions sincères à propos de ces artères jadis très animées, que des évolutions trop souvent ignorées ont contribué à désertifier. Ce serait une grave erreur que de croire et de promettre que le commerce peut faire revenir une vie, alors que c'est exactement l'inverse qui s'impose. Le célèbre "no-car no-business" est à la fois vrai, mais aussi une formule conduisant à l'impasse. Et en 2026, la réalité urbaine n'en est plus là.

En quelques décennies, la ville n'a en effet pas seulement perdu ses commerces. Si la périurbanisation, souvent évoquée, a bien joué un rôle important dans son irréversible transformation, ce sont des métamorphoses beaucoup plus radicales qui sont à l'origine de la désertification. Il suffit de se rappeler que jadis, la ville était tout simplement le lieu où la population vivait. Donc habitait, travaillait, s'approvisionnait, et se divertissait. Il n'est même pas nécessaire de remonter au Moyen Age pour retrouver les fissures de ces quatre clés de voûte ayant généré la transformation des zones intra-urbaines.

- Années 1930, usines Citroën, dans Paris, quai de Javel.

Dans les années 1950 et 1960, celles dont se souviennent encore fort bien nombre de "baby-boomers", dans la capitale, les entreprises actives étaient encore nombreuses. Avec même des spécialités solidement ancrées dans certains de ses quartiers. Par exemple, les fabricants de meubles dans et autour du faubourg Saint-Antoine n'étaient pas très éloignés des métiers de la quincaillerie ou de la taillanderie. (Des noms de rues subsistent, rappelant cette imprégnation travailleuse très omniprésente...*). Mieux, même l'industrie avait encore des implantations au coin des rues et des avenues. À Paris, des automobiles se fabriquaient encore, du côté du quai de Javel (Citroën), ou vers la Porte d'Ivry (Panhard). Très connue pour certains aspects typiques des divertissements nocturnes, la pétillante rue de Lappe, proche de la place de la Bastille, était aussi celle où l'on trouvait force échoppes où se vendaient des outillages pour les professionnels travaillant les métaux, tournage, emboutissage, repoussage... Il ne faut pas davantage oublier les innombrables sièges de sociétés et services administratifs attirant chaque jour des quantités d'employés de bureaux…**

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L'exemple parisien n'est pas unique. Dans de nombreuses métropoles, cités moyennes et même plus modestes, des entreprises s'inscrivirent dans ce schéma, attirant même un peu, puis davantage, d'un monde rural épris d'une vie plus moderne. Qui n'avait entendu évoquer tel individu parti "à la ville"…? À Nantes, la seule survivante des deux tours des biscuiteries LU, avait une concurrente dans une autre entreprise spécialisée dans le gâteau sec, la célèbre BN, les Biscuits Nantais (occupant les installations d'une ex-filature). À Lyon, dans de quartier Monplaisir (aujourd'hui dans le 8ème arr.), Antoine Lumière avait installé l'usine et véritable "déclic" de l'épopée de la famille Lumière et de la photographie. Les Jeux Olympiques d'hiver, qui viennent d'être disputés à Cortina d'Ampezzo (Italie), ont pu, pour certains journalistes, titiller les souvenirs de ceux de 1992, ceux "d'Albertville" (en Savoie). Les professionnels des médias furent en effet accueillis à Moûtiers (Moûtiers-Salins***), dans un centre de presse ayant pris place là où, dès 1938, avait été édifiée une usine dédiée aux aciers, alliages et autres spécialités métallurgiques, jouxtant la ville, la gare, le champ de foire, les anciennes "salines"… Les exemples pourraient être multipliés à l'infini, dans un schéma classique ayant hélas atteint ses limites quand l'industrialisation a imposé que soient édifiées de usines plus grandes, voire gigantesques. Ne tenant donc plus dans des quartiers exigus, tant pour leur propre développement que pour la logistique ne pouvant que les entourer. Ce qui s'est amorcé dès le 19ème et le début du 20ème siècle, et bien sûr pas seulement sur le territoire français.

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Longtemps, la ville a donc été le centre d'une vie laborieuse où chacun pouvait se rendre sur son lieu de travail vite, par des moyens simples, transports urbains, vélo, à pied… Tout comme pour se rendre le dimanche sur une place pour écouter de la musique jouée dans un kiosque, où dans la chaude ambiance d'un "café-concert. Sans oublier la messe, et quelques grandes occasions, communions, mariages, obsèques, à l'église, au temple… Le chemin de fer, maillant le territoire dès le 19ème siècle (et bien davantage que ne le laissent supposer les cartes séculaires des "grandes lignes") les compagnies ont très naturellement œuvré pour placer leurs "embarcadères", devenus les gares, le plus près possible des centres, générant l'édification d'une multitude d'hôtels. Ah...! Ces hôtel... le Terminus ou celui des Voyageurs...! N'oublions pas l'incontournable place du marché, histoire de boucler cette boucle. (Ni bien sûr les spécificités liées à des activités particulières, comme celles des villes portuaires, par exemple)

Ce n'est donc pas le commerce qui peut faire renaître l'animation d'un cœur de ville, mais exactement le contraire, une présence (habitat) et une animation de vie et de fonctions, deux vecteurs aptes à justifier l'arrivée éventuelle d'un tissu commercial (qui aura du mal à détrôner celui des zones périphériques, et moins concurrent, son rôle s'imagine forcément en complément). Renaissance possible si et uniquement si des habitants sont là… Des résidents ayant de surcroît la capacité de vivre dans de bonnes conditions, sécurisées, permettant au minimum le stationnement protégé d'un parc automobile familial. Plus simplement, mais incomplètement, l'erreur (de bien des municipalités) consiste à tenter de faire (re)venir du commerce pour faire revenir une vie vibrante et gratifiante. Un défi qui se heurte à de simples réalités économiques. Pas un entrepreneur sérieux ne peut espérer construire les structures financières d'un établissement dans des quartiers délaissés, peu accessibles, paupérisés. Faire "passer" un financement bancaire ou d'investisseurs est voué à l'échec. Et l'épopée devient casse-cou si elle s'appuie sur une foi de charbonnier, et la mise en jeu d'économies personnelles, de famille, d'amis…

​​​​De la ville comme on la voit à la ville comme on la rêve. Récemment, dans le quotidien Les Echos, c'est un peu comme on l'imagine idéalement (photo) qu'elle était magnifiée. Piétons, soleil et fantasmes…! Pas un projet -électoral- destiné à réanimer un centre-ville n'échappe à l'image incontournable, celle d'une rue ou d'une avenue, vue sous un joli soleil, où se promènent des personnes souvent davantage identifiables comme des touristes en vacances que comme des riverains dans leur vie quotidienne. Flatteuse, cette représentation fait l'impasse sur ce qu'il est advenu, au fils du temps, de ces voies pleines de commerces actifs, et gomme, sans doute involontairement, les innombrables descentes aux enfers individuelles qu'elle occulte. Concrètement, des commerçants avaient, il y a quelques décennies, repris ou créé de toutes pièces des établissements ayant connu de jolis succès. En général, il y avait dans ces parcours un gigantesque volume de travail n'ayant alors qu'un rapport non mesurable avec nos tranquilles actuelles 35 heures (sans doute provisoires). De surcroît, un labeur partagé par des épouses de commerçants, peu ou pas rémunérées, dans des contextes de constitutions de droits à une retraite d'une étroitesse que les salariés des grandes enseignes n'imaginent même pas. Mais au bout du parcours, la perspective de pouvoir "céder l'affaire" et donc en obtenir un matelas pour vivre de corrects vieux jours mérités justifiait les efforts. Las, la dégringolade des "commercialités" a aussi fait disparaître ces espoirs. Les fonds sont devenus invendables, et la valeur des murs eux-mêmes a fondu. Pire, certains de ces lieux ne pouvant plus s'adresser qu'à des résidents ayant "entre peu ou pas" de moyens, se sont dégradés, à la limite de la clochardisation. Il y a peut-être des responsabilités, voire des culpabilités, dans cette dérive urbaine. C'est une autre histoire...

* Exemple : Rue des Taillandiers (quartier Bastille)...

** Dans la capitale, comme dans de nombreuses grandes villes de province, la tendance dès les années 1960 a été de créer des quartiers dits "d'affaires" vers lesquels ont migré de nombreux immeubles de bureaux, à l'image du quartier de la Défense. 

*** Modeste ou pourtant célèbre évêché au cœur de la Tarentaise, animé jadis par ses foires attirant des foules de toute la région, devenu aujourd'hui le carrefour de toutes les grandes stations alpines, de Val d'Isère et Tignes à Pralognan, Courchevel, Méribel etc.

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