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90 minutes gratuites (!) : voilà qui n'incite guère à la flanerie...
90 minutes gratuites (!) : voilà qui n'incite guère à la flanerie...

La mise à mort du commerce de centre-ville enfin repérée. DVSM le déplorait depuis des années !

Un grand quotidien national met ce matin le doigt là où ça fait mal. Le commerce de centre-ville se casse la figure. Ou plus exactement, "on" lui casse la figure depuis des années. C'est notre résumé, forcément excessif et caricatural. Mais il décrit sans détour un mal enclenché depuis que les élus, maires et conseillers municipaux, se mêlent de gérer un commerce auquel ils ne connaissent rien, cherchant à répliquer aux initiatives des groupes spécialistes. Une histoire qui n'est pas nouvelle. Certains lecteurs se souviennent peut-être d'une époque où (DVSM s'appelait encore "Vente") nous avions suggéré de défiscaliser les zones de centre-ville au même titre que les lieux où le développement économique était encouragé (baisses de charges et autres mesures pour inciter des entreprises à s'installer dans des zones d'activité).

En 2013, nous avions attiré l'attention sur le cas d'une ville du centre, Nevers (58), et d'un centre commercial en son cœur qui avait pour le moins des difficultés à attirer des enseignes dans ses cellules, presque toutes inoccupées. Ce centre Colbert, récemment rebaptisé "Carré Colbert", agrandi et qui a vu l'arrivée d'une petite FNAC, n'offrait, détail révélateur, que 1 h 30 de parking gratuit à ses clients ! Une durée qui "est passée à 1 heure seulement" nous indique une consommatrice locale. Un exemple parmi tant d'autres, et dont Le Monde réalise qu'il finit par toucher l'ensemble du tissu des villes moyennes. Chassez ces clients, il en restera bien quelque chose.

2013 : le centre commercial Colbert (Nevers, 58), que des cellules vides ou presque !
2013 : le centre commercial Colbert (Nevers, 58), que des cellules vides ou presque !
Parkings payants et rue piétonnes : leurres exquis !

Concrètement, ce qu'il en reste, c'est une confirmation pour les clients qu'ils ont tout intérêt à se rendre en périphérie où une vaste zone commerciale (sur la commune de Marzy) riche de nombreuses enseignes, dont un hyper Carrefour, les accueille avec un stationnement gratuit sans limite. Alors qu'en centre-ville, la principale rue autrefois commerçante et fort animée (au nom prédestiné de "rue du commerce") s'est vue transformée en voie piétonne. Une initiative que de nombreuses autres municipalités ont également prise au cours des décennies récentes. Sympathique, mais catastrophique ! Aux visions idéalistes de responsables locaux imaginant une ambiance urbaine chaleureuse, s'est partout opposée la réalité de clients ayant un temps limité pour accomplir leurs achats, une préférence pour le shopping au chaud et à l'abri dans une galerie plutôt qu'une promenade au gré des averses et des bourrasques, et la nécessité du véhicule, n'en déplaise à ceux qui n'ont pour credo que d'anéantir l'auto. Imaginez une brave mère de famille rapportant deux sacs de couches, un pack d'eau minérale et quelques kilos de légumes à la force du poignet ! Qui peut y croire, sauf de vrais profanes.

Il faut ajouter qu'en toute logique, les enseignes les plus performantes s'installent de préférence là où le trafic de clientèle est le plus nourri : les zones commerciales. Et elles attirent la clientèle. CQFD.

Quand le tram chasse l'auto, il chasse aussi très souvent le trafic de clientèle.
Quand le tram chasse l'auto, il chasse aussi très souvent le trafic de clientèle.
Tramways : quand arrive le coup de grâce !

Nous avons aussi évoqué les tramways*, qui occupent une place à part dans les soucis du centre-ville. Nombreux sont les exploitants de points de vente qui nous ont raconté une histoire aussi simple que répétitive. Un réseau de tramway est projeté. Silencieux, supposé non polluant, il nécessite une mise en chantier s'étalant sur deux à trois ans au minimum. Les clients qui avaient l'habitude de fréquenter des enseignes situées sur les voies où le tramway s'installe ne peuvent soudain plus approcher. Rue barrée, travaux ! Ils vont donc ailleurs, prennent leurs habitudes dans les zones commerciales périphériques, et ne reviennent plus, les plans de circulation ayant de surcroît souvent été totalement transformés et la place de l'auto fortement réduite. Les établissements ayant définitivement baissé leur rideau de fer suite à de telles initiatives sont nombreux.

Il y a d'ailleurs un mystère à propos des choix de tramways faits par des communes ou entités régionales aux ressources très limitées. Dix fois plus cher à installer qu'une ligne d'autobus (selon des sources professionnelles crédibles) le tramway est une fois mis en place à l'opposé de toute souplesse. Modifier un tracé pour desservir un nouveau quartier est une opération particulièrement lourde, longue à mettre en œuvre et onéreuse. Il appartient à d'autres médias d'enquêter, voire fouiller, pour découvrir ce qui a pu inciter des décisionnaires à faire ces choix pour le moins discutables. Le tramway, oui, mais pas n'importe où, et pas n'importe comment.

L'exemple des villes allemandes

Mais comment ont fait nos amis d'outre-Rhin, pris pour modèles exemplaires à toute occasion, afin conserver un commerce de centre-ville puissant, et accessoirement, poursuivre dans l'exploitation du tram ?

Pour les zones de commerce intra muros, la réponse est simple. Il est partout assez facile de se garer, dans des parkings certes payants, mais très abordables, de grosses unités commerciales disposant souvent de leurs propres parkings, ce qui démontre que le coût et son impact sur l'investissement immobilier ont été compatibles avec cette option. La valeur de l'immobilier, individuel et commercial, nettement inférieure à ce qu'elle est en France (-30 à – 40%) s'avère être un atout supplémentaire. L'Allemagne n'a en outre pas eu sur son sol l'équivalent de ce que l'Hexagone a connu en matière de créativité commerciale, dont les hypermarchés et leur environnement.

Par ailleurs, les réseaux de tramways n'ayant pas été supprimés dans les années 60, ils ont été côtoyés par l'adaptation du réseau routier à l'essor de l'automobile au cours du demi-siècle écoulé. C'est une stratégie très différente de celle à laquelle nous assistons, consistant à prendre pour le tram une part de l'espace de l'automobile, priée d'aller se faire voir où elle le peut.

Et maintenant ?

Il est bien tard pour réagir. Et pourtant, des municipalités ont compris et tentent des virages à 180°. Peu après les dernières élections municipales, nous avions mentionné l'exemple d'Angers, revenant sur le stationnement payant. Des voies piétonnes disparaissent de-ci de-là. Mais le commerce de périphérie est aujourd'hui installé et structuré. On cherche le Don Quichotte qui saura vaincre un compétiteur qui a déjà gagné.

*L'auteur de ces lignes, reconnait sa condition de très haut passionné pratiquant de tout ce qui est sur rail, miniature ou réel. "Ferrovipathe" accompli au plus haut niveau depuis plus d'un demi-siècle, il ne peut être soupçonné de nourrir la moindre aversion envers les tramways.

Tag(s) : #L'info en temps réel, #Le terrain

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