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Le décès d'une idole du ballon rond soulève des mouvements qui, peut-être, échappent à certaines idées que l'on se fait de l'individu et de son monde.

- DVSM, 26 novembre 2020. - Souvenirs...- Mexico, 29 juin 1986. "Ar-gen-ti-na… America Latina…!" Le coup de sifflet final de la Coupe du Monde de football vient de concrétiser le sacre de l'équipe argentine. L'auteur de ces lignes est dans le stade. Une heure après cet épilogue qui s'est conclu par la victoire de l'équipe de Diego Maradona, battant par 3 buts à 2 l'équipe allemande, presque personne dans les gradins n'a encore pu bouger. L'immense stade Azteca, pourtant fait d'un robuste et généreux béton, tremble de tout son être. Les regards se croisent, trahissant parfois une indicible inquiétude, l'édifice va-t-il tenir…? "Ar-gen-ti-na… America Latina…!" La foule ne cesse de hurler ces mots, mi slogan, mi prière admirative. Il y aura des extinctions de voix d'ici quelques heures. Qu'importe, avec l'Argentine, c'est l'Amérique latine qui vient de triompher, et dans les héros universels de cet instant, Diego Maradona passe de la condition de virtuose hors norme du ballon rond à celle de divinité intouchable.

Sportif qui ne peut être seulement qualifié de surdoué, celui qui, hier, vient de disparaître s'élève au rang des héros hors normes dans leur spécialités. Un peu Mozart, un peu Rubens, non sans une bonne dose de David Copperfield (l'illusioniste), on irait bien lui demander s'il y a un "truc", dans sa façon de filer, balle au pied, au gré d'adversaires, simples grands champions rétrogradés au rang d'obstacles insignifiants. Il y a 34 ans, la France pour sa part est sur son nuage foot. Planiti et les Bleus ont décroché le Graal européen il y a pile deux ans. Canal s'est lancé, succès indissociable du foot. Dans les linéaires, ceux que l'on baptise "écrans plats à coins carrés" sont partis dans une ascension qui durera plus d'un quart de siècle. Chez les industriels, la routine s'installe, selon la formule: "les années avec, les années sans", comprenez avec (ou sans) une grande épreuve footballistique, européenne ou mondiale, porteuse de mille et une "opés". Les années "avec", on cartonne, les années "sans", on attend. Il reste qu'entre le succès d'un sport qui sert de catalyseur à des soirées conviviales du genre foot et pizza, et l'idolâtrie dont est l'objet un joueur, fut-il sublime, il y a une distance qui suscite l'interrogation davantage au niveau civilisationnel qu'en termes de scores dans des panels et des audiences chez Médiamétrie.

Entre Islamisme et Maradonisme…? Certains oseront-il ce raccourci...? Le monde en pleine pandémie en est-il là…? Voilà une question sur l'actuel instant de notre humanité que, sans nul doute, des philosophes ne manqueront pas de poser, tout en élaborant des réponses à propos desquelles les historiens, dans le futur, prendront le relais, les mélangeant avec les manifestations populaires dans les stades de l'antiquité. Pour l'heure, il faut et il suffit d'observer et de respecter l'émotion d'une population sud-américaine qui avait placé dans ce personnage héroïque les raisons de se projeter vers un meilleur idéalisé que d'autres avaient, croit-on, placé dans leur suivi d'une étoile… Y.D.

 

Tag(s) : #- A LA UNE, #- DEMANDE RÉFLEXION !
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