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La petite démo, avec Melody Gardot… A part quelques crâneurs et les authentiques praticiens de la langue de Shakespeare -il y en a quand même pas mal- la plupart de ceux qui écoutent sans comprendre sont quand même sous le charme. En magasin, ceci est une opportunité.

- DVSM, 24 octobre 2020. C'est l'automne, l'heure d'hiver va sonner. Entre bourrasques pluvieuses et soirées déjà frisquettes, l'onctueuse ambiance musique, près de quelques bûches crépitantes dans une cheminée, ne demande qu'à s'installer. Confidence, c'est une invitation à savoir traduire dans un rayon, plus motivante qu'une promo à "quelque-chose neuf-neuf". Elle marche à tous "les coûts", ce qui veut dire souvent bien plus cher que le moins cher que moins cher qui inonde catalogues BAL et pubs virales. Pour alimenter cette mise en scène aux relents aguicheurs (mais avec sa vitrine, le pâtisser ne fait pas moins diabolique) les contenus viennent de s'enrichir de la sortie la plus récente de Melody Gardot, (album Sunset in the Blue). Bien sûr, cette artiste native du New Jersey utilise sa langue maternelle pour distiller ses couplets*. N'est-il pas insolite, malgré tout, que tant de nos compatriotes apprécient les innombrables œuvres en anglais qui depuis tant de décennies, animent casques et enceintes, alors que nombreux sont ceux qui ne comprennent que peu de choses, voire pas le moindre mot, aux paroles égrenées…?

Comme avec des images en noir et blanc, c'est l'imagination qui apporte une substantielle part créative à l'émoi. Une musique, une voix, une ambiance, un tableau s'installe et la magie opère. La photo en nuance de gris, sans doute mieux qu'une couleur parfaitement fidèle, invite elle aussi à installer une atmosphère dans laquelle l'imagination du spectateur s'évade. La sensation née de ce spectacle autant suggéré que montré achève le travail de l'artiste. Dans le domaine de la chanson, le voile pudique qu'instaure un langage non maîtrisé ressemble à l'omission des couleurs. C'est parfois une chance. Tous les "lyrics" n'ont pas la qualité qu'on leur prête. Tous les auteurs ne savent pas raconter comment comment une flaque d'eau sait caresser un visage d'un soleil à l'envers**. Une incompréhension complice gomme le médiocre en le magnifiant. Le ramage des oiseaux dont on dit "qu'ils chantent" n'est-il pas instinctivement assimilé à une mélodie pleine de charme, bien au-delà de cette rime très bas de gamme entre "amour" et "toujours" ? Alors que ces êtres volants ne pouvant écrire, faute de plume, sont peut-être en train de se prendre le bec en se balançant de vertes insultes. Qui n'a jamais admiré un cliché en noir et blanc dont la puissance aurait été très dévaluée avec la couleur…?

Tout cela ne doit pas être une excuse pour oublier l'essentiel : en rayon, avant de laisser opérer les watts, les pixels, ou les euros gommés, c'est bien l'attrait d'un certain imaginaire qui doit enclencher la machine à générer des envies ou, c'est plus "pro", des motivations. Une lumière pas trop intense, un auditorium accueillant, et une musique qui envoûte le chaland… Et un peu plus loin, une expo de photos en noir et blanc éventuellement du plus proche des lieux de l'implantation. Rien à voir avec de la poésie, c'est de l'action commerciale. A chacun son métier…! Y.D.

* Melody Gardot est devenue résidente parisienne il y a quelques années. Elle vit en se battant contre les séquelles d'un très grave accident survenu en 2003. ** Claude Nougaro, "La pluie fait des claquettes".

 

Tag(s) : #- A LA UNE, #- DEMANDE RÉFLEXION !

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