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Qui réussit à vendre sur toute la planète les mêmes équipements, ou les mêmes services ? Seule ou presque, l'électronique semblait avoir gagné ce pari. À quelques détails près… La mondialisation a toujours ses limites, lesquelles, sous influence virale, ont peut-être été atteintes..

- DVSM, 13 mars 2020 – Petit retour dans un passé presque récent. En 1993, un préoccupant séisme secoue une industrie majeure. Le géant de l'automobile Ford y croit dur comme fer. Avec sa Mondeo, première du nom, il tient, affirme-t-il, un véhicule qui sera vendu sous tous les horizons. Les commentateurs ne sont pas indifférents. Quasi unanimes, ils saluent ce qui sera inéluctablement une grande victoire, surtout en termes d'économies d'échelle. C'est la grande série qui entre dans un jeu planétaire, en principe arme absolue de l'industriel en quête d'invincibilité. Une seule étude, une seule méthode de production, pourquoi pas un seul marketing… L'angoisse est à peine masquée chez certains groupes européens, et notamment français, très mal implantés hors du Vieux Continent.

 

Hélas, c'est oublier les habitudes, les attentes, les blocages dont font preuve les consommateurs. Un quart de siècle plus tard, même si sur son sol l'Amérique a tourné le dos à ses vieux paquebots de la route, carrosses mous et moelleux et malgré tout surpuissants* des années 50-60, même si elle a opté pour plus de compacité, la population aux US ne roule absolument pas comme le font les européens, pas plus que les japonais. Sur cette diversité, certains se cassent les dents. Et dans les centres de décision de Detroit ou Dearborn, fini le rêve stupide. A chaque marché, son produit.

Et pourtant, au moins un domaine a, ou avait réussi à durablement rompre les chaînes de ces préférences régionales. La reproduction musicale en pleine effervescence dans les années 70 a sans doute été l'un des premiers symptômes de cette universalité inattendue. Avec la sortie du Walkman de Sony, la messe est dite. De San Francisco à Berlin, de Yokohama à Bayonne, les jeunes et les moins jeunes adoptent le même petit instrument qui, au fil des années, sera quand même décliné en une myriade de versions (qui nécessiteront d'ailleurs des mesures de rationalisation de la part de la firme japonaise). C'est avec la génération numérique que ce Graal est enfin atteint, à quelques rares exceptions. L'iPhone, exemple parfait, réalise ce que n'ont pas réussi les autres industries. Le seul lieu de développement, une production uniforme, le même smartphone aux quatre coins de la planète… Les écrans plats, les notebooks, les drones grand public, les consoles de jeu vivent à l'heure d'une semblable et frêle uniformité terrestre.

 

Rares exceptions…   L'univers de la photographie, contrairement aux grandes tendances d'hier, peut aussi se ranger dans la famille des industries ayant abaissé les frontières locales, même à la désormais lointaine heure de l'argentique. Les mêmes reflex ont été depuis des décennies alignés sur tous les présentoirs du globe (sauf au sein du défunt bloc soviétique), de New-York ou de la FNAC, de Tokyo ou des soldeurs de Hong-Kong. Ces universalités ne sont d'ailleurs pas, e-commerce désormais omniprésent, sans poser quelques problèmes aux professionnels. La vente en direct d'appareils photo venant d'horizons lointains, pris dans le maelström du Net, et échappant à des fiscalités locales, sont dénoncées depuis longtemps par des revendeurs bien de chez nous, qui ne peuvent se soustraire aux prélèvements de Bercy. Cependant, 20 ans après l'an 2000, alors que jamais les communications entre tous les points du globe n'avaient été aussi commodes et intenses, les spécificités locales reviennent au pas de charge dans le quotidien. Ainsi, McDo utilise des produits cultivés ou élevés en France, et le fait savoir. Cet exemple parmi des centaines nous conduit à une question. Serions-nous arrivés à l'apogée des fameuses économies d'échelles, ce qui ferait retentir le signal d'un profond retournement des industries et de leurs marchés...? Sur d'autres segments, l'unisson mondial avait largement été éliminé, habitudes et spécificités locales aidant. Ainsi, le téléviseur, avec l'antique standard américain NTSC et un courant électrique à 60 Hertz, l'Amérique ne pouvait que faire monde à part. Mais nos cousins d'outre-Atlantique aiment ce qui est grand. Durant des années, d'énormes rétroprojecteurs ont affiché des images en 525 lignes évoquant les stores à lames dont on use pour se préserver des regards et d'un soleil trop généreux.

 

Et voilà le virus. Il ne manquait plus que lui. Et soudain, se manifeste le réveil brutal, sur des approvisionnements qui ne viennent plus que de Chine ou presque, voire d'Asie, en électronique et dans de nombreux autres domaines, médicaments inclus. Trop c'est trop. Le revirement historique est annoncé, notamment par l'Europe, alors que déjà, les US cherchaient depuis Trump à replacer de l'industrie sur leur sol. Impensable il n'y a pas deux mois, cette révision, si elle est menée à terme, pourrait engendre des bouleversements sans précédent dans l'industrie mondiale. A quelque chose, virus est bon, affirment déjà quelques observateurs.    

 

* Au moins pour une fraction de l'offre, les célèbres "muscles cars", armés d'énormes V8 gourmands d'un gallon à coût négligeable…

 

 

 

Tag(s) : #- A la Une, #- TOUTE L'INDUSTRIE

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