Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Le réflexe d'opposition à tout ce qui est novateur va bien. Les lampes et l'éclairage LED en mesurent la vigueur...

L'édito d'Yves Dupré

Déjà, Adolphe Thiers (et certainement beaucoup d'autres avant lui) avait marqué les esprits. A propos des chemins de fer, il avait même déclaré textuellement en 1836 que "jamais on ne transporterait ni un voyageur, ni un bagage" avec l'aide de ces convois naissants. Outre que cette belle envolée (en fait, une réponse plus pragmatique qu'on le raconte à une demande de financement pour construire des lignes) démontre à quel point les personnalités politiques peuvent parfois être médiocres en matière de prospective, tout en prenant d'importantes décisions engageant l'avenir, force est de se rappeler qu'elle s'appuyait aussi sur des craintes. Pouvait-on rester en vie aux vitesses vertigineuses des convois...? Comment ne pas mourir asphyxié lors de la traversée d'un tunnel...? Des craintes fondées sur un paramètre vieux comme le monde, l'ignorance. 

Bien sûr, quand le moindre orage était interprété comme une colère de Dieu (lequel, bien avant le suffrage universel, désignait le roi et lui donnait tous ses pouvoirs), quand les barbiers pratiquaient la chirurgie non parce qu'ils avaient des connaissances, mais parce qu'ils disposaient de rasoirs et autres instruments contondants, les interprétations divines ou lucifériennes pouvaient résister à tout argument. En outre, contester revenait à courir de grands risques. Si de nos jours, tout dépassement de la vitesse autorisée détectée par un radar était qualifiée de désobéissance au Tout Puissant, et dès lors justiciable d'une fin sur le feu d'un bûcher, les 30, 50, 90 ou 130 km/h seraient certainement mieux respectés.

Nous n'en sommes plus là. Mais la méfiance à l'égard des innovations demeure. Elle a virevolté dans l'orbite de la téléphonie mobile depuis l'apparition de celle-ci. Mais le téléphone mobile est surtout dangereux lorsqu'il est utilisé au volant. Les fours à micro-ondes ont été suspectés de générer des ondes cancérogènes. Mais ce sont surtout les salmonelles dans les mets réchauffés qui expédient pas mal de monde aux urgences. Aujourd'hui, les LED entrent dans cette danse, avant de risquer un jour peut-être la contredanse. Pas de cancer ni d'urticaire dans les arguments des anti-LED, mais une notion elle aussi assez jeune, la pollution lumineuse. Laquelle aurait des effets néfastes sur certains animaux, certains végétaux, etc.

Dans ce nouveau dada enfourché par certains, une chose est frappante. Comment ne pas s'étonner de la promptitude du diagnostic, quand par ailleurs, depuis des années, personne ne parvient à trancher sur la possible dangerosité du glyphosate. Sauf que, pourrait-on remarquer, il y a dans le cas de l'herbicide dont tout le monde parle des détenteurs d'intérêts qui pèsent lourd des deux côtés de la balance. D'ailleurs, la précaution est autant dans l'usage que dans le langage. Les "pros" affirment qu'ils n'y a pas de danger démontré, les "antis" ajoutent "probable" (donc pas tout à fait sûr) à la tumorigénicité supposée du produit. Pire, la démonstration sans bavure n'a pas forcément une meilleure efficacité. Toujours pour des raisons d'argent. L'amiante, dont les effets nocifs ne soulèvent aucun doute, fait parler de lui (oui, l'amiante est masculin) quand il s'agit d'engager des frais pour en supprimer toute trace dans un édifice, mais rares sont les évocations de sa poudre échappée durant des décennies des plaquettes de freins et garnitures (quand les freins étaient à tambours). Des millions de piétons en ont inéluctablement aspiré en se promenant sur les trottoirs de Paris, de Hambourg, de Manille ou d'ailleurs (il faut bien être né quelque part...) et l'on sait qu'il faut 30 à 40 ans pour qu'une pathologie se déclare.

Mais les LED...? Hors de portée de toute puissance financières...? Faut-il renoncer à les utiliser parce qu'un astronaute quelque peu happé par une existence médiatique a été frappé par la lumière de la planète (sans avoir vu d'en haut notre terre avant l'ère LED)...? Pour l'heure, cette lumière a le mérite de sortir de l'obscurité ce qui doit l'être, en consommant bien moins d'énergie que les sources plus anciennes. Allons-nous regretter les lugubres nuances orangées des lampes à vapeur de sodium (surtout basse pression) ou la lumière crue des vapeurs de mercure, ingrédients qui n'avaient pas soulevé autant de méfiance...? Et dans une ruelle étroite, le danger est-il supérieur avec une lumière LED à celui d'une ténébreuse et profonde obscurité, si propice à bien des coups bas...?   

- RETOUR VERS TOUTES LES INFOS -

 

Tag(s) : #- Edito par Yves Dupré
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :