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N'ajoutons pas de la confusion dans un langage déjà plutôt malmené…

L'édito, par Yves Dupré

 

Comme le sous-entend notre Premier Ministre, le français "normal" est fort bien structuré. Celui qui, selon la constitution de la 5ème République, est le "chef de la majorité" vient de le préciser, ce qui a été relaté dans les médias par cette manchette : "Edouard Philippe bannit l'écriture inclusive". Une formule qui peut à elle seule susciter quelques remarques révélatrices. Est-ce bien, comme cela est proclamé à qui mieux-mieux, de l'écriture dont il est question, ou plutôt de l'orthographe, ou encore de la grammaire.? Et au-delà, le langage, et tout simplement la langue.? Le terme écriture fait en principe référence aux signes. Des peuples anciens utilisaient ainsi une écriture cunéiforme, les Égyptiens de l'époque des pharaons écrivaient avec des hiéroglyphes. L'écriture décrit donc la manière de coucher un texte sur un support, papier, papyrus, etc… L'orthographe suit les règles grammaticales. Ecriture et expression orale se confondant dans les mêmes impératifs. Ce que l'on baptise "écriture", un peu à la légère vis-à-vis de cette langue que certains veulent moderniser, ne se limite donc pas à sa transcription sur papier (ou support dématérialisé). Preuve en est que dans une conversation, les évolutions apportées aux mots s'entendent. Entre "avocat" et "avocate", par exemple, la différence s'entend. Ceux qui ne la perçoivent pas devraient sans doute consulter un "médecin", autrement dit avoir recours à la "médecine", qui n'est pas la femme du praticien.

 

Pourquoi prendre cette position, qui n'a apparemment pas grand-chose à voir avec l'électronique pour tous.? Parce que une langue est un outil de communication, et que comme pour tout outil, sa bonne utilisation garantit sa parfaite efficacité. On n'enfonce pas un clou en lui tapant sur la tête avec le manche d'un marteau. Au fil de la vie quotidienne dans la distribution, tout ce qui est écrit, via la signalétique, et tout ce qui est dit, en particulier par ceux qui sont en contact avec les clients, doit avant tout être compris. Ceux qui courageusement supportent les remarques "sauce DVSM" à ce sujet depuis des années savent que le but ainsi poursuivi est très simple. Un client qui ne comprend pas est un client qui n'achète pas. D'où cet agacement, non dissimulé et même assumé. Les "process", "replay", "on line" et toute la procession de termes anglo-saxons qui émaillent l'écrit comme le parlé entraînent une proportion équivalente de risques de rater des ventes. Il en va de même pour les fautes, pures et dures, qui font en prime passer ceux qui les ont commises pour des incultes, ce qui n'est peut-être pas faux.

 

Accuser, bien à tort, les usages qualifiés de numériques constitue une raison supplémentaire justifiant notre prise de position. En effet, les échanges de messages, courriers ou par les réseaux sociaux sont souvent désignés comme responsables de la déroute orthographique actuelle. Quel toupet.! Car c'est bien le système éducatif, par la mise en œuvre de ses méthodes pseudo-innovantes, qui s'est rendu incapable de donner aux enfants et adolescents les fondements d'une maîtrise correcte (ce qui ne veut pas dire académicienne) de notre langue. Ce que les bons vieux "b-a ba" ancestraux, avec un peu de rabâchage (on n'a rien sans rien), faisaient sans grande difficulté. Il suffit de consulter d'anciennes cartes postales (début du XXème siècle par exemple) pour constater que les individus qui avaient suivi normalement les cycles scolaires, outre une belle écriture régulière, savaient y écrire une correspondance presque totalement sans faute. Qui se souvient de ces "certifs" (Certificat d'études primaires) où, encore dans les années 50, faire cinq fautes dans la dictée était éliminatoire.? Plutôt que de s'aventurer dans des acrobaties orthographiques qui n'occupent que ceux qui n'ont rien d'autre à faire, ne serait-il pas préférable de s'en tenir à une langue de Molière aussi riche qu'efficace, tout en créant les conditions d'un retour le plus prompt possible à son usage correct.

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Tag(s) : #- Edito par Yves Dupré
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