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SAUVONS UN LIQUIDE PRÉCIEUX !

 

L'édito d'Yves Dupré…

 

Curieux paradoxe... Les initiatives visant à protéger la vie privée des individus face à l'omniprésence du numérique pullulent. Mais nos dépenses, des grosses jusqu'aux plus intimes, ne cessent d'être impérativement dirigées vers ces autoroutes digitales et, "grâce" à cela, soumises à une traçabilité aussi minutieuse qu'indélébile.

 

La vie consommatrice de tout quidam alimente ainsi un maillage qui se resserre inexorablement. Au rythme où s'amplifie ce pernicieux flicage, acheter du chewing-gum dans un distributeur automatique sur le quai du métro ne sera bientôt plus possible sans avoir préalablement saisi sur un écran tactile son numéro fiscal. Aucun doute ne peut être soulevé quant à l'origine de cette tendance inquisitoriale du porte-monnaie. Elle prend sa source dans la frénésie de Bercy consistant à ne laisser échapper à sa connaissance l'échange de la moindre pièce, afin de pouvoir en prélever quelque pourcentage, au nom de la citoyenneté dite de solidarité, "fiscale" étant un adjectif plus laconique mais tellement mieux adapté.

 

Toutefois, et alors que nombreux sont ceux qui pensent que le vrai geste citoyen consisterait à laisser filer le moins possible de nos fonds propres, fussent-ils venus de quelque argent sale, vers les caisses de l'Etat, compte tenu de la très mauvaise gestion qui en est faite, les complices de cette évolution sont nombreux. Pour une prétendue bonne cause, il y a l'argument sécuritaire, permettant à ceux qui doivent être payés d'espérer limiter le risque de chèques sans provision ou de rejets de traites quand arrivent les échéances.

 

Les banques, dont les guichets disparaissent comme la neige au printemps, et qui n'ont réussi à  faire payer les mouvements par chèques que lorsque ceux-ci tentent d'extraire du liquide de comptes manifestement à sec, voient avec un immense plaisir passer des ordres de virements de plus en plus nombreux. Avec un double bonheur, celui des frais ponctionnés pour ces opérations, et celui du transit de sommes considérables via leurs livres et leurs fructueux placements. L'univers du numérique se joint au concert des ravis de ce mouvement, glanant désormais sans contact leur part du flux généré par les emplettes des consommateurs. Ceux-ci apportant de l'eau au moulin des enseignes qui profitent des circonstances pour intégrer les manœuvres des passages en sorties de caisses directement dans leur comptabilité, une économie qui n'est pas de bout de chandelles puisqu'elle limite leurs frais fixes, les autorisant à vendre encore un peu moins cher qu'en face leurs lots de tomates insipides.

 

Cette énumération n'est certainement pas exhaustive, mais s'avère certainement suffisante pour appeler à la résistance. Je vous fiche mon billet que je ne suis pas seul à craindre un jour prochain la disparition, voire l'interdiction, du bon vieil argent de poche. D'ailleurs, des formes de réaction s'observent déjà, ne serait-ce que par le succès des monnaies alternatives, parfaitement légales. Celle de Montreuil, par exemple, baptisée la Pêche, l'a sans contestation possible. C'est un signe. La circulation libre de l'argent est pour l'homme et sa compagne l'une des libertés les plus fondamentales. En outre, si celle-ci nous était retirée, des parades verraient immédiatement le jour, à commencer par le troc et l'usage de coupures venues d'ailleurs. Ce qui ne serait nullement un handicap pour la vie économique. N'oublions pas qu'il a été depuis longtemps démontré que, même totalement répréhensible, la fausse monnaie suffisait à faire tourner le commerce. Le pétrole n'est plus le seul liquide qu'il faut préserver !

 

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Tag(s) : #- Edito par Yves Dupré

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