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La plus ancienne des radios jeunes n'en finit plus de subir les revers d'une audience qui s'effiloche.

La station de la rue François 1er à Paris n'est pas n'importe quelle radio. Née au cœur des années 50 du dynamisme d'innovateurs qui n'avaient rien à envier à nos plus audacieux créateurs de startups, elle a fait littéralement exploser un paysage de la radio française alors très clairsemé et pour le moins monotone. L'après-guerre avait vu le secteur privé justement… privé de toute existence légale. Il restait les deux ou trois émetteurs d'Etat (dont Paris-Inter, devenu France Inter) et, propulsée de son émetteur luxembourgeois, Radio-Luxembourg, réjouissant son auditoire de ce qui avait déjà fait largement carrière avant le conflit mondial.

Immédiatement, "Europe n°1", avec un ton radicalement nouveau, moderne, et des programmes d'un style inédit, a conquis la jeune génération montante, celle des populations arrivant dans la vie active dans ces années 50, une sorte de grande convalescence pas toujours confortable, avec tout à reconstruire et des conflits coûteux (Indochine puis Guerre d'Algérie).

Dans cette ambiance, le rêve américain faisait recette, le plan Marshall (dont on célébrera le 70ème anniversaire au début du mois de juin 2017) y contribuant sans doute un peu. La jeune station met ce rêve dans son moteur en visant avec adresse les enfants de la jeune génération montante déjà évoquée, celle des parents du baby-boom. Et c'est le banco. Un écosystème prend forme, avec la radio, des organes de presse (Daniel Filipacchi, présentateur de l'émission culte Salut les Copains édite le mensuel du même nom), de l'édition et de la production musicale. A l'antenne, on oublie le vieux "journal parlé" que les concurrents distillent matin, midi et soir, et invente le flash toutes les heures ; les auditeurs vibrent en écoutant le scientifique devenu journaliste Albert Ducroq raconter étape par étape la conquête spatiale, des premières capsules Gemini aux promenades des astronautes américains sur la lune ; ils adorent la météo d'un Albert Simon superstar capable grâce à sa grenouille d'annoncer avec 3 mois d'avance l'averse qui tombera le 6 juillet vers 15 h 00 dans la banlieue de Vic-sur-Cère. Sans oublier la montée en flèche de vedettes allant de Johnny à Polnareff, de Dylan aux Rolling Stones, de Duke Ellington à Ray Charles, le complice de Filipacchi, Franck Ténot, faisant passer le jazz d'un ghetto presque sombre au statut de musique noble et reconnue, appréciée même par de nombreux audiophiles. Bref, une révolution certainement bien plus marquante que celle des radios libres du début des années 80, justement, parce que ces radios ont atomisé les audiences, alors qu'Europe était un véritable pôle de convergence médiatique. Il faudra une dizaine d'années à "Radio Luxembourg" pour concrétiser une réaction, passant par le nouveau nom : RTL.

Aujourd'hui, le baby-boom, socle historique de l'audience d'Europe1, est entré dans le troisième âge. Il n'a pas disparu, mais il a sans doute parfois du mal à se retrouver dans les évolutions de "sa" radio. Arnaud Lagardère est face à un défi et a repris en mains les rênes du navire. Jadis, Europe a conquis toute une génération, mais a aussi et même surtout joué un rôle particulièrement précurseur, en liant à la fois la radio d'information (comme France Info) la radio musicale (il y en a des quantités aujourd'hui) et une radio de programmes qu'elle continue d'être. La lutte au couteau pour les audiences n'est pas un sport commode. Comment reconquérir des parts de marché, autrement dit de nouveaux auditeurs, sans perdre les anciens, tout en faisant revenir ceux qui se sont évadés…?

Selon nos constatations, il existe certainement au moins un point qui permettrait à Europe d'optimiser son audience. Face à sa concurrente RTL, elle souffre à l'évidence d'une couverture moins bonne. C'est comme pour un restaurant qui souhaiterait servir plus de couverts. Avant de faire une meilleure cuisine, il faut commencer par agrandir la salle et installer plus de tables. Mais au-delà de cette manœuvre un peu technique, le défi reste colossal.

Et le matériel ? L'arrivée d'Europe a eu pour berceau technique un cadre aussi novateur que celui qui nous est offert par notre ère numérique actuelle. C'est l'époque où le récepteur radiophonique sort de son habillage boisé et, grâce à sa poignée et aux transistors qui l'animent, devient portatif. La mobilité vient de commencer. Côté musique, le moment n'est pas moins émouvant. Le microsillon (on dit aujourd'hui "le vinyle") chasse du décor le vieux et nasillard 78 tours. Ayant pris place dans les bacs, chez une nouvelle race de distributeurs, celle des disquaires, ce disque s'unit à l'électrophone, un "tout en un", dont le Teppaz, équipement made in France, vite devenir la coqueluche de toute une génération d'ados. Lesquels, 15 ans plus tard, s'offriront bien mieux : une vraie chaîne hi-fi. 

Cette station pionnière est encore le catalyseur majeur d'une autre innovation. Depuis que, durant le dernier conflit, des techniciens ont doté les magnétophones de la prémagnétisation, l'enregistrement à la maison devient de qualité, et encore mieux, commode, avec la minicassette créée par Philips en 1963, lancée commercialement en 65. Last but not list : l'automobile, possédée avant 1960 par moins de 3 ménages sur 10, s'envole ! Et elle ne reste par sourde. L'autoradio s'installe sur le tableau de bord, et la France part en congé en écoutant les radioguidages de celle qui "fait plus pour les Français qui bougent".   

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Tag(s) : #L'info en temps réel, #- TV-Radios-Medias-Net

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