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Il ne faudrait pas, pour nous "vendre" un revenu dit universel, confondre les emplois perdus à cause des techniques numériques et ceux que de mauvaises habitudes détruisent depuis longtemps.

Au moins un candidat à la candidature suprême (pour lui) persiste dans sa conviction de voir le travail se raréfier dans les années futures du fait de l'automatisation de nombreux usages permise par l'avènement des techniques numériques. Cette vision est pour le moins théorique et fait surtout penser à tous ces observateurs, commentateurs et autres prophètes qui, à chaque grande évolution technique, des chemins de fer à l'électricité, des métiers à tisser et aux automates industriels en passant par l'informatique, ont cru pouvoir pronostiquer des pertes d'emplois massives.

L'imprimerie de Gutemberg avait déjà privé de besogne les moines copistes.Si de nombreux métiers ont en effet disparu, d'autres ont plus que largement –et positivement- pris le relais. Pourquoi en serait-il autrement sous l'impact du numérique ? Chaque nouvelle révolution technique a permis de rendre des services nouveaux aux populations, et ont généré des activités inédites. Les transports, train, puis automobile, puis avion ont, par exemple, donné naissance à l'industrie du tourisme. Très récemment, les téléphones mobiles en devenant smartphones, avec pour complices les tablettes et les ordinateurs personnels, ont généré des nouveaux secteurs d'activités, dont les réseaux sociaux sont la plus belle des illustrations.

Uber, souvent montré du doigt comme un instrument destructeur, a tout au contraire démultiplié les occasions de travailler en permettant au nombre de véhicules –et de chauffeurs- de s'accroître. Chacun se souvient des difficultés qu'il y avait voici seulement quelques saisons à trouver un taxi disponible notamment dans la capitale. L'arrivée des VTC et leur succès n'a été possible que grâce à cette pénurie agaçante. Bien sûr, la rencontre de ces deux conceptions du transport en voiture particulière a imposé une remise sur le tapis de l'organisation de ce travail (qui n'est sans doute pas terminée). Les techniques numériques auront certainement pour conséquences d'imposer des révisions déchirantes dans des domaines d'activité dont les acteurs pouvaient à tort imaginer qu'ils étaient sur une trajectoire éternelle.

"Mais la raréfaction du travail a déjà commencé", rétorquent les mêmes tenants de ce projet de rente universelle. Voilà une vision si erronée qu'elle suscite une sérieuse inquiétude quant à la pertinence des analyses de certains individus qui prétendent gérer notre vie économique, morale et quotidienne. Au point que l'on s'interroge : mensonge à vocation électorale ou cruelle inculture ?

Je vous fais le plein ? 1969, Saint-Denis (93). Une très grande station-service ornée du logo Mobil vient de franchir une étape historique. C'est l'une des toute premières dans notre pays. Des clients habitués attendent sagement à leur volant que le pompiste vienne comme de coutume remplir leur réservoir, proposer un petit coup de nettoyage du pare-brise, voire une vérification des niveaux. Mais personne ne vient. Et de sa guérite toute neuve, un caissier, seul intervenant de la station, leur propulse à très haute voie le message : "Vous devez vous servir vous-même !" Cette initiative très osée pour cette époque (bon nombre de clients sont partis ailleurs) a été inévitablement suivie par quelques concurrents, avant de se propager à toutes les pompes de carburant de l'Hexagone (et d'autres pays). Voilà une belle démonstration de la manière dont se concrétise une raréfaction des emplois qui, amorcée il y a près d'un demi-siècle, n'a évidemment rien à voir avec le numérique. Pas plus que les établissements de restauration rapide ou ceux relevant du libre-service, où l'on se sert soi-même, le bouchon étant même poussé assez loin pour que certains demandent aux clients de débarrasser leurs plateaux. Et pas davantage que l'adoption des standards téléphoniques automatiques, tapez 1, tapez 2... qui détruisent toute relation entre individus et en agacent beaucoup.

Cette tendance relève d'une sorte de religion qui vise à supprimer des emplois, parfois bénéfique, parfois moins, pour les consommateurs. En France, il faut reconnaître que le trio composé d'un coût exorbitant du travail (charges), d'une complexité administrative reconnue et d'une difficulté à hauts risques quand il faut soudain réduire les équipes dans une mauvaise passe de toute entreprise (une sorte de principe de précaution) contribuent à cette raréfaction. Pourtant, si notre pays végète durablement et honteusement depuis des années dans un taux de chômage record, il n'en va pas de même pour des voisins avec lesquels la comparaison est si souvent mise en avant.

Une redoutable spirale ! Pour terminer avec la mise en œuvre d'un revenu distribué à tous, travaillant ou non, il manque une suite aux explications des tenants de ce projet. Un revenu automatique pour tous ne pourrait être financé que par les fruits du travail des autres. Lesquels ne pourraient, selon un enchaînement imparable, que se raréfier à leur tour, le coût de leur travail augmentant. Donc, il y aurait de moins en moins de ressources pour financer ce salaire pesant de plus en plus sur les revenus de ceux qui travaillent.

Cet effet trouve d'ailleurs sa démonstration dans une réalité présente et bien palpable et qui peut se résumer par une formule simple : le chômage provoque le chômage. Plus les sans emploi indemnisés sont nombreux, plus les prélèvements sur les rétributions de ceux qui ont un emploi sont lourdes, réduisant leur pouvoir d'achat et l'activité économique, avec en prime une inquiétude grandissante incitant davantage à épargner en vue d'un possible coup dur qu'à dépenser.

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Tag(s) : #- Eco-conjoncture
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