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Une facture fiscale (ou sociale) supplémentaire devient inévitable à l'horizon, pour une activité supposée supprimer des emplois, un chapeau peu trop grand pour ce seul créneau et que d'autres devraient porter depuis longtemps.

L'édito d'Yves Dupré

Certes, les effervescences médiatiques autour d'Uber et ses problèmes jettent un peu plus d'huile sur le feu. Les moyens techniques que met à la disposition de tous le numérique font des soucis locaux une auberge espagnole des malaises de chaque région. En France, parmi les millions d'individus qui cherchent à gagner leur vie, nombreux sont ceux qui choisissent, faute de propositions, de créer leur emploi eux-mêmes. Exploiter un VTC est une piste qui a du succès et qui, de surcroît, répond aux besoins historiquement non couverts par les taxis classiques, en particulier dans la capitale. Toutefois, l'ampleur de ce que certains ont baptisé "ubérisation" est telle qu'elle mobilise sur un fond ou apparaît autant de menace que de promesse.

La réalité est pourtant d'une immense simplicité. Les statuts d'auto entrepreneurs ou assimilés ont introduit une notion nouvelle qui se traduit par des contacts rapides et directs entre demandeurs et intervenants. Les offres sont associées à des coûts relativement hors taxes et en apparence hors charges. De quoi répondre aux organisations de plombiers escrocs qui prennent 3.000 euros pour un coup de furet dans la moindre canalisation bouchée et aux artisans hors de prix et aux délais interminables. Mais ce que réalisent soudain ces intervenants, chauffeurs de VTC inclus, est que la "recette", ce que paye le client, est tout différent de ce que l'on conserve une fois la couverture maladie + retraite + chômage et les taxes sont payées (ce qui devient incontournable dès qu'un certain niveau est atteint). Et que sans rien payer, il n'y a plus aucune couverture.

Dans la foulée, nous entendons aussi des observateurs de tout poil, politiques inclus, tabler sur une généralisation de cette ubérisation et le fait que les automatisations vont supprimer des emplois en masse. Or, sur ce point, personne n'est en mesure de décrire l'avenir. De mêmes prévisions ont été entendues aux heures de grands progrès, avec l'industrie, le machinisme, l'électricité, les chemins de fer, l'avion, etc., lesquels, au contraire, ont tous apporté beaucoup de travail permettant même de flirter avec des situations de plein emploi.

Il faut pourtant noter que l'on n'a pas attendu le numérique pour remplacer l'individu par la machine. Les innombrables standards téléphoniques qui récitent leurs "pour ceci tapez 1, pour cela tapez 2…" pour aboutir à des "tous nos conseillers sont actuellement en ligne, merci de renouveler votre appel ultérieurement" ont "bouffé" des emploi bien avant qu'Uber ne sorte de l'imagination de son créateur. Il reste que ce dernier vise l'automobile sans chauffeur (ce qui, collectivement, existe déjà : ça s'appelle Le Métro, ligne 14  -et peut-être d'autres- dans la capitale). Dans la distribution, c'est la caisse automatique qui a commencé à dévorer quelques postes. Avec une justification totalement et honteusement hypocrite consistant à dire que cela permet de réduire l'attente aux caisses pour les clients*. Par exemple, dans un hypermarché qui emploie 300 à 700 salariés, faire intervenir quelques hôtesses supplémentaires, 10, 20, 30, ce qui résout pratiquement tous les  problèmes et ajoute de l'humain dans la relation avec les chalands, est une évolution à la marge.

Uber pourrait faire déborder le vase. Dans cette immense mouvance faite de progrès de communication entre individus et de craintes de voir un monde changer, il va tôt ou tard devenir inévitable de voir apparaître des initiatives visant à imposer des ponctions sociales sur tout ce qui remplace les individus et leur travail. Approche brouillon et davantage dictée par une sensiblerie mal étayée que par des évaluations réellement objectives, d'autant que l'industrie a remplacé l'homme par la machine dans bien des fonctions depuis longtemps. Mais comme de surcroît, nous évoluons dans un pays solidement installé sur la plus haute marche du podium en termes de fiscalité et de prélèvements obligatoires, la prévision osée ici a de grandes chances d'être vérifiée avant longtemps.

*Nous savons que d'autres problèmes figurent dans l'univers des caisses dont, souvent évoquée, l'incertitude quant à la présence des effectifs aux dates et heures convenues.

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Tag(s) : #- Edito par Yves Dupré

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