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La Commission Européenne vient d'infliger une amende salée pour entente à Panasonic, Sanyo et Sony. Une mesure à la fois exemplaire et déconcertante…

Les ententes pour faire grimper les prix ou en limiter la chute sont interdites. Pour avoir procédé à des actions contraires à ce principe, la Commission Européenne vient d'infliger une amende de 29,802 millions d'euros à Sony, de 38,890 millions à Panasonic, et de 97,149 millions à Sanyo. En tout, 166 millions de notre cher euro. Et pan sur le bec, comme le dit un célèbre canard toujours vivant (heureusement).

Le poids du passé.

Dans cette sanction, il y a selon nous des côtés qui soulèvent d'authentiques questions. La première est directement liée à la finalité de la lutte contre les ententes. Celle-ci doit bénéficier aux consommateurs en leur garantissant l'accès au meilleur prix. Dans quelles conditions cette sanction va-t-elle bénéficier aux consommateurs pour des infractions amorcées il y a près de 15 ans (2004) et ont pris fin en 2007, soit 10 ans ? A qui va-t-on rembourser quoi ? Qui plus est, les acteurs eux-mêmes ont beaucoup changé. Vous rappelez-vous qui dirigeait Sony en 2004 ? Quant à Panasonic et Sanyo, ils ont fusionné depuis (Panasonic a en fait repris la firme Sanyo fondée jadis par le beau-frère de Monsieur Matsushita en personne) ce qui fait du groupe d'Osaka de loin le plus pénalisé. Bien peu de décideurs dans les firmes industrielles sont encore à leurs postes quinze ans après les décisions de certaines stratégies. Lesquelles ne sont pas, en outre, totalement dénuées de facettes très utiles et qui sait, défendables. On y revient.

Prime aux cafteurs ?

En fait, quatre firmes ont été impliquées dans cette affaire. En effet, Samsung DSI fait partie du quatuor réprimandable. Mais cet autre fabricant qui, peut-être, sentait le vent venir, a trouvé élégant de dénoncer l'entente (comprenez cafter ses petits copains et concurrents) à laquelle il participait. D'autres diront non sans une possible pointe de sous-entendu que le Coréen a dénoncé les Japonais. Chacun pourra estimer à sa façon le côté élégant de cette prime à la délation qui ne sévit pas que dans les services de l'Union européenne.

Dissuasion en filigrane, même loin de chez nous...

Ajoutons que pour l'essentiel, comme le précise le communiqué de la CE, les ententes se sont déroulées en Asie. Ce à quoi Margrethe Vestager, commissaire chargée de la politique de concurrence, rétorque que : "Des millions d'Européens utilisent des ordinateurs portables, des téléphones mobiles et des outils électriques qui fonctionnement grâce à des batteries ion-lithium rechargeables. La décision adoptée aujourd'hui sanctionne quatre fabricants de batteries rechargeables dont l'entente a eu une incidence sur les prix d'un certain nombre de biens vendus aux consommateurs européens."  Que ceux qui envisagent de s'entendre le sachent : ils risquent de ne pas rester impunis, même dans des univers lointains. Elle poursuit à propos de cette décision en ajoutant qu'en effet, "elle envoie également un signal fort aux entreprises : dès lors qu'une entente touche des consommateurs européens, la Commission ouvre une enquête, même si les réunions organisées dans le cadre de cette entente ont eu lieu en dehors de l'Europe."

Les batteries Li-ion il y a 15 ans…

Mais au fait, pourquoi les industriels sanctionnés se sont-ils entendus ? Aujourd'hui, il est de notoriété publique que ce type d'accumulateur ne reste pas sans poser quelques problèmes. En 2004, ils étaient dans les balbutiements technologiques. L'iPhone, premier smartphone de l'histoire, lancé en 2007, a lui-même connu quelques épisodes "chauds" (notamment pour ses utilisateurs dont la batterie se mettait à griller dans les poches de leurs pantalons). Les firmes ayant développé cette technique ont probablement réalisé qu'il valait mieux ne pas se lancer dans de telles conditions dans des actions concurrentielles périlleuses. De surcroît, si d'un côté, certains veulent que toutes les baisses ou casses de prix soient considérées comme des conduites honorables puisqu'elles débouchent sur des coûts moindres pour les consommateurs, de l'autre, ne serait-il pas nécessaire de mesurer les conséquences de cette priorité au prix plancher, ne serait-ce qu'à travers le service perdu (dans les rayons par exemple) ou même les défaillances d'entreprises qu'elles peuvent entraîner ? Ce qui "profite" fort négativement aux mêmes consommateurs, qui au bout du compte payent par leurs prélèvements obligatoires l'indemnisation des salariés qui perdent leurs emplois.

Et le pétrole, alors, muette, la Commission ?

Depuis quelques jours, et suite à l'accord des pays de l'OPEP de limiter la production d'or noir, le brut est de nouveau à la hausse. Or, ne s'agit-il pas d'une entente qui nuit aux consommateurs ? Derrière les pays de l'OPEP, qu'on ne s'y trompe pas. On ne trouve en effet pour l'essentiel que des groupes pétroliers, des entreprises privées très comparables à celle du monde de l'électronique, qui grâce à cette manœuvre, vont pouvoir optimiser leurs marges. Mais là, le mot entente n'est pas invité dans les débats. Cruelle contradiction, suite aux innombrables discours sur "l'alignement des planètes" dont la chute des cours du baril était la clé de voûte d'une croissance en phase de se redresser. C'est par ce genre de gros détails que l'Europe a du mal à se tailler l'image crédible qu'elle recherche auprès des consommateurs citoyens.   

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Tag(s) : #- C'est un avis, #L'info en temps réel

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