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Un événement à Paris dès demain, dans l'air d'un temps bien morose...

Si le chômage en France (que l'INSEE vient à nouveau de signaler en augmentation) n'était pas si important, ferait-on autant de mousse autour du Made In France ? Une expression qu'il serait d'ailleurs et en toute logique préférable d'utiliser en version "langue de Molière". Si le plein emploi ou presque était une réalité, il est probable que tout le monde s'accommoderait d'une situation dans laquelle ce qui vient d'ailleurs prendrait un autre statut. Mais l'association entre le nombre de demandeurs d'emploi et une période préélectorale, que la mode des primaires allonge, met de l'huile sur le feu. Ceci d'autant plus que le chef de l'Etat actuel a lié son destin politique (et donc celui de tous ses alliés et concurrents) à sa capacité à réduire le non-emploi, sans préjuger des conséquences collatérales d'une tel engagement.

Les 18, 19 et 20 novembre 2016, à la Porte de Versailles (Paris), ce tient le 5ème salon du Made In France, MIF pour les intimes. Un haut lieu pour faire voir et si possible bien voir tout visage d'élu volontaire et engagé, élu réel ou potentiel. Derrière cette effervescence et ses sources vite toisées, a pris place un phénomène qui n'a rien de récent : celui des délocalisations. Elles sont le résultat de différences de niveaux de vie, et donc de coûts de main d'œuvre et de charges sur le travail. Un vaste phénomène qui n'est pas à la veille de son épilogue. En aval de ce constat, des prises de positions, voire gesticulations, ont fait naître une sorte de mauvaise réputation pour ceux qui s'y sont aventurés. Des voyous, des mauvais citoyens, des traîtres ! Et ainsi deviennent des héros ceux qui sont capables de créer des sous-vêtements de haut de gamme ou des jouets en bois dans nos provinces profondes.

L'électronique mal cataloguée à cause d'un certain "Made in China"...

Si quelques exceptions, à situer entre indélicatesse et conduite quasi délictuelle, sont mises à part, bien des délocalisations sont fort simplement liées à une élémentaire arithmétique. Pour quelque production que ce soit, au-delà d'un certain prix, les clients (notamment à l'exportation) ne suivent plus. La solution pour ne pas les perdre est implacable : changer de source. Naturellement, pour en endiguer l'ampleur, des réductions fiscales et de charges pourraient certainement limiter ces évasions. Comme toutes les statistiques et études montrent que l'Hexagone est le champion universel toutes catégories en matière de prélèvements, il est probable que l'Etat, si généreux en conseils, pourrait déjà faire dans ce sens, comme dans celui d'un élagage sévère de nos mauvaises habitudes administratives, une bonne partie du travail de reconquête.  

Au-delà de ces considérations, on ne peut passer sous silence la réputation faite au domaine de l'électronique et du numérique. Certes, pour une part plus qu'ultra dominante, les équipements diffusés en France, comme dans tous les autres pays de la planète, ont une origine asiatique. Et pourtant, le poids économique du développement et de ce qui en permet l'utilisation d'origine hexagonale est colossal. L'animation que chacun peut constater autour de nos jeunes pousses (startups en langage de l'oncle Tom) en témoigne. Dans ce sens, elles ne sont pas seules. Des groupes industriels majeurs ont aussi un poids significatif dans ce sens.

La montée d'adrénaline face à des importations asiatiques n'est cependant pas nouvelle. Elle avait été puissante au début des années 80, alors que les magnétoscopes s'installaient dans la panoplie de bien des ménages. Ces équipements japonais arrivaient à un moment où, étrange coïncidence, le chômage grimpait en flèche. La réplique très étatique fut, outre le blocage des importations, une offensive sur la "hi-fi française". Honte alors au consommateur qui osait s'offrir un équipement Made in Japan, le "Made in China" de l'époque. Une initiative qui s'est doucement estompée, avec discrétion sur quelques pertes sans gloire.

Le Made In France n'est pas forcément un argument de vente.

Dans cette épopée fortement politico-dépendante, nous avions eu l'occasion d'entendre très concrètement, dans des points de vente, des chalands exprimer des avis très réservés à l'égard des performances de certaines productions françaises improvisées. En revanche, quelques spécialistes de l'époque, dans le domaine du son notamment, et qui sont toujours présents (Focal, Cabasse etc.) suivis par de nouvelles réussites (Devialet…) ont su construire des réputations internationales non sur leur origine baguette et béret, mais sur leurs performances. D'ailleurs, les automobilistes qui achètent des BMW, des Audi ou des Mercedes le font-ils parce que ces voitures sont allemandes, ou parce qu'elles sont performantes et solides ? Les iPhone se vendent-ils parce qu'ils sont américains, et les smartphones Samsung coréens (tous fabriqués en Asie, parfois par les mêmes sous-traitants), ou parce qu'ils ont fait preuve de leurs qualités ?

Entre les productions sur notre sol et le taux de chômage, les relations directes sont moins nombreuses et évidentes que quelques esprits simplistes veulent l'affirmer. En outre, le couple importation distribution est lui-même producteur d'emplois, la facette locale rendant ceux-ci bien plus compatibles avec nos structures salariales et sociales. Osons cette formule dont nous mesurons le côté quasi provocateur : Made In France, oui, mais pas à n'importe quel prix !     

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Tag(s) : #L'info en temps réel, #- C'est un avis

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