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L'IMPACT DES JO SUR LES VENTES DE TÉLÉVISEURS N'EST CERTAINEMENT PLUS CE QU'IL FUT JADIS. MAIS ENTRE L’ÉVÉNEMENT ET LA VIE DES RAYONS, QUELLE AVENTURE...!

Comme moteur des ventes, soyons objectifs, on a fait mieux que les JO d'aujourd'hui. Se disputant au mois d'août, à l'heure où les points de vente sont presque vides, la perspective quelques mois en amont de leur tenue ne provoque plus autant de courants d'acquisitions ou de renouvellement, d'autant que d'autres manifestations sportives ont largement pris le relais, football en tête. Et pourtant, le destin des deux domaines, le sport amateur au plus haut niveau et le petit écran, ont vécu des ascensions et des moments forts qui se confondent dans l'esprit des professionnels de l'EGP et celui des utilisateurs. Il est d'ailleurs intéressant de constater que ces souvenirs sont sélectifs. Par exemple, rares sont ceux qui se souviennent des Jeux de 1920, juste deux ans après la fin du premier conflit mondial, disputés dans la superbe ville flamande d'Anvers (Belgique). C'est ancien, certes, mais 1936 aussi, et pour les JO de Berlin, la mémoire est, pour d'évidentes raison, aussi indélébile que pour les épisodes du front populaire et les premiers congés payés.

Pas de télévision ni de téléviseurs en 1936 ? C'est en partie faux. Si la lucarne ouverte sur le monde n'est pas encore répandue, elle est déjà très incrustée dans les labos à travers de fort nombreuses démonstrations et expérimentations. Son avenir est déjà inéluctable, et aurait sans doute basculé plus vite dans le concret sans la cassure de la guerre 39-45.

Les jeux sont dans les mémoires associés à des moments forts de l'histoire.

En 1952 (Helsinki), 1956 (Melbourne) et 1960 (Rome), le "terrain" se prépare. Doucement, la télé a commencé à se répandre, mais surtout, la radio travaille les motivations. Celle qui n'est déjà plus tout à fait la TSF et se fait volontiers baladeuse grâce aux transistors, dispense force reportages et commentaires en direct, d'autant plus qu'avec la capitale italienne, il n'y pas de décalage horaire.

1964 : Japon et TV à la conquête du vaste monde.

Deux révolutions apparaissent soudain en cette année olympique. En France, les JO de Tokyo constituent une occasion rêvée pour des quantités de ménages de s'équiper d'un récepteur, et d'ailleurs, les chiffres sont sans appel. En 1954, à peine 1% des foyers possèdent un écran. Dix ans plus tard, le seuil des 40% est atteint, sous l'effet d'une accélération vigoureuse. Quatre ans plus tôt, le taux d'équipement n'était que de 13%. Le rush a été totalement conduit par une distribution où ni les hypermarchés ni les grands spécialistes (GSS) n'étaient présents (mais ils étaient sur le point de se développer).

En revanche, la seconde révolution passe très (et coupablement) inaperçue au moins sur notre sol. Il s'agit du réveil industriel du Japon, qui fait de ces JO une sorte de tremplin pour toute son économie. Le pays du Soleil levant est tout entier mobilisé. Une anecdote entre mille : c'est dans cette effervescence qu'une entreprise nippone spécialisée dans les machines à coudre se voit confier la réalisation d'une imprimante pour éditer les résultats des compétitions, équipement qui est désigné par la référence de EP-100, qui deviendra sa raison sociale et, en Japonais, se prononce Epson.

1968 : l'hiver chaud (show ?) de Grenoble.

Tenus à Mexico, les JO d'été de 1968 ne restent guère dans les souvenirs de chez nous. Au mois de mai, une agitation peu ou prou révolutionnaire met 10 millions de nos compatriotes en grève et dans la rue (ce qui revient à constater que 30 millions sont malgré cela au travail). Barricades et pavés volants marquent davantage les esprits que les exploits de Colette Besson et quelques autres à Mexico. En revanche, le 6 février de cette même année, c'est Charles de Gaulle, Président de la République, qui déclare ouverts les JO d'hiver de Grenoble. Lesquels constituent le véritable coup d'envoi de la télévision en couleur, la nôtre, comprenez en système "franco-propriétaire" SECAM. La couleur avait été officiellement lancée en novembre 1967. Les professionnels s'en souviennent ! Pendant 4 ans, ils ne vont penser qu'à un mot : "convergences". Ils auront beaucoup de patience et encore plus de mérite à assurer la vente mais aussi l'après-vente sur des récepteurs parfois indomptables dont on règle la droite de l'image en déréglant la gauche… Pendant ce temps, en 1968, Sony lance son Trinitron, un tube cathodique appelé à devenir célèbre. 

Il y a plus de 40 ans, audience TV et jeux olympiques se trouvent des atomes crochus.

Ces quatre années à cauchemarder sur ces réglages de convergences auront été un de ces épisodes de gloire, ceux que les papys l'ayant vécu racontent volontiers aux petits enfants. Mais en 1972 (cela sera encore mieux dès 73 et après) arrivent les tubes auto convergents, l'industrie de tous les coins du monde, sans doute piquée au vif par le lancement évoqué plus haut, ayant réagi. Ce petit bond en avant technique n'est que peu de chose face à deux événements qui font basculer JO et TV dans les débuts du monde dit "moderne" sous ses différents aspects, les plus horribles inclus…

1972 : changement de calibre et d'ambiance.

Disputés à Munich, les JO 72 sont le théâtre d'un mal cruel dont, plus de 40 ans après, nous ne sommes pas guéris, bien au contraire. L'événement mondialement médiatisé est utilisé par des terroristes qui prennent en otages des athlètes de la délégation israélienne. 11 d'entre eux y perdent la vie. Le direct dédié au sport devient celui de l'horreur, que ceux qui sont en âge de l'avoir vécu n'oublieront jamais.

Avery Brundage, qui termine son mandat à la présidence du CIO, a sans doute fait, pour des raisons autrement plus positives (même si certains les jugent un peu à la limite de la moralité), le constat que l'audience des JO à travers les télévisions de toute la planète recèle des opportunités économiques. Finement observé ! Les retombées vont dès lors devenir un support pour des droits, ce qui met de mauvaise humeur pas mal d'observateurs, dont des journalistes de l'audio vidéo, qui vont pourtant devenir progressivement, eux-aussi, des vedettes, bien rémunérées. En France, en 1972, 77% des ménages ont un récepteur. (Il faudra attendre 1987 pour que ce niveau soit atteint pour la TV couleur)

A Montréal, en 1976, c'est un double plaisir qu'envoient les JO au public de l'Hexagone. Avec le décalage horaire, les compétitions ont lieu en pleine nuit. Une bonne occasion pour prendre le frais alors que l'on vit sur le territoire une période très chaude et si sèche que nos responsables politiques ne le resteront pas (secs) et décideront de créer un impôt sécheresse. Encore un bon souvenir associé à un moment olympique !

Mais c'est aussi en 1976 qu'un grain de sable vient de se glisser dans les rouages de la machine olympique. L'équipe de football de Saint Etienne n'est battue qu'en finale de la Coupe d'Europe des Clubs. L'effervescence autour du ballon rond vient de prendre racine.

Les JO toujours après le foot !

Au confluent des années 70 et 80, le changement se poursuit. 1980 (Moscou) laisse un souvenir estompé, où les événements politiques dominent, avec le boycott des équipes américaines. La politisation des JO, qui n'est pas nouvelle, prend une importance qui ne les sert pas. Alors que les bleus gagnent l'Euro de 1984. A ce moment, Canal + est entré en lice. Cette nouvelle chaîne va installer sa spécificité sur au moins deux axes : le cinéma et le foot. Bien plus commode à exploiter, le foot se pratique tout au long de la saison, du milieu de l'été jusqu'au début de la période estivale suivante. Idéal pour bâtir une activité économique nourrie, avec annonceurs, sponsors etc.

Comble de malheur pour les JO d'été : ils se déroulent tous les 4 ans, et quelques semaines après l'Euro. Ce qui ne les rend ni inintéressants, ni inexploitables. Mais pour ceux qui ont pour mission de vendre des écrans, chacun voit comment s'établissent les priorités.

En 1988, alors que Séoul est la ville organisatrice, nombreux sont ceux qui font un parallèle avec 1964 et Tokyo. Ce n'est qu'une quinzaine d'années plus tard, avec les écrans plats, que la Corée du Sud deviendra un fournisseur majeur de l'EGP, dans un contexte fort différent. Le JO sont-ils encore faiseurs de rois de l'industrie ?

Outre la politique, le dopage fait aussi souffrir l'image des principes de Pierre de Coubertin. Remarquons que les sports dont les économies sont florissantes (foot, Formule 1…) ont toujours réussi à se préserver des effets médiatiques du dopage.A l'opposé, les JO, où se confrontent essentiellement des sportifs "amateurs", ou encore le cyclisme, dont les moyens financiers sont loin de ceux du ballon rond, se sont avérés plus vulnérables. Ce qui n'est certainement pas un hasard.

Pour des raisons de calendrier et d'assise économique, les JO ont donc tendance à arriver un peu après le football. Les audiences elles-mêmes sont difficilement comparables. Entre des rencontres de l'Euro se déroulant en juin, quand on prépare les vacances, et les aoûtiennes séances de plage, il n'y a pas de comparaison possible.

2016 : au cœur des JO, dans cet hyper de la région parisienne, un seul téléviseur diffuse des images des compétitions, en direct de Rio... Et personne ne le regarde.

Ce qui n'empêche pas les souvenirs olympiques heureux de se glisser là où ils resteront pour toujours ou presque. En 2004, les brillantes prestations de la nageuse Laure Manaudou en sont une excellente démonstration. Ce qui induit un effet TV+JO supplémentaire. Les médaillés devenant des personnalités, des "peoples", leurs apparitions dans des émissions de quelque nature que ce soit en cours d'année donne un petit coup de pouce aux audiences.  

En 2016, le constat est simple : certaines choses vont vite, très vite. En 2012, les JO allaient devenir une vitrine fabuleuse pour la TV 3D ! On sait ce qu'il en reste : des souvenirs, et des projets abandonnés. La réalité virtuelle, ou augmentée, ou les deux à la fois, a pris le relais dans cette quête de la rupture technologique. Il semble qu'outre tout emballement excessif envers l'avenir réel de cette réalité vidéo (peut-on imaginer une famille ou une bande de copains regardant les athlètes avec leur casque VR ?) le contenu dépasse désormais le contenant. De grandes performances se regardent dans de bonnes conditions sur la plupart des écrans modernes. Même la UHD est bien, mais pas indispensable.

En 2020, une boucle sera bouclée, avec le retour olympique du Japon. Et si Paris parvient à organiser l'édition de 2024 pour laquelle elle se veut candidate, cela lui permettra de renouveler ce qui avait fait d'elle en 1900 la première organisatrice après Athènes (1896) et l'entrée dans l'ère olympique moderne. Les utilisateurs regarderont-ils cela sur un téléviseur, un smartphone, une tablette ou un… tee-shirt dont le tissu sera afficheur ? 

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Tag(s) : #L'info en temps réel, #Le terrain

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