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André Rousselet : disparition d'un "riche" créateur…

QUAND ANDRÉ ROUSSELET A CRÉÉ CANAL +, LA FRANCE EN ÉTAIT ENCORE À UNE OFFRE TÉLÉVISUELLE DIGNE DE LA CORÉE DU NORD. L'HEXAGONE AURAIT-IL PU SORTIR DE CETTE SITUATION À L'HEURE D'UBER ET DES VTC ?

Sans André Rousselet, Canal+ n'aurait pas existé. Sa disparition suscite de ce fait une émotion largement justifiée et partagée, et même quelques hommages. Mais comment ne pas sentir de-ci de-là, au gré des chroniques dans les gazettes, quelques commentaires "nuancés". La raison de cette attitude que certains préfèrent mesurée se situe à l'évidence dans la genèse du projet. André Rousselet était, ce n'est pas un scoop, un personnage très proche de François Mitterrand, bien avant qu'il soit élu à la présidence de la république. S'il n'est pas d'usage de s'interroger à trop haute voix à propos des convictions politiques des uns et des autres, il n'y a pas davantage d'interdiction de remarquer que, comme cela se voit souvent dans les parcours politiques et leurs "environnements", certains supporters semblent savoir cultiver des fidélités pour un avenir qui, un jour peut-être, pourrait leur "renvoyer l'ascenseur". Patron de la puissante compagnie de taxis G7, le fondateur de Canal avait déjà soutenu François Mitterrand lors de précédentes campagnes. Ici, le terme "soutenu" s'entend bien, entre autres, dans le sens de l'intendance.

Or, il y avait bien un peu de paradoxe dans l'apparition de cette nouvelle chaîne, suscitée par un pouvoir politique, élu sur des thèmes et un programme largement anticapitalistes, et affirmant ne pas avoir les moyens (étatiques) de financer une chaîne supplémentaire. Mais ce même jeune pouvoir parvenait parallèlement à boucler une série historique de nationalisations. Heureusement, pour cette création télévisuelle, l'allié fidèle était donc là, disposant des moyens de lancer l'opération. Et, sous la houlette du PDG compétent, ce qui ne saurait lui être reproché, cette opération a été conçue sous une forme strictement privée et donc nécessairement profitable.

Pourtant, cette période laisse planer une sorte de flou dans son déroulé. Des "privés" capables de financer de nouvelles chaînes existaient, y compris pour des chaînes gratuites, financées par la publicité. Si aux Etats Unis, cette réalité était entrée dans les habitudes depuis l'origine de la TV (et de la radio), l'Europe s'ouvrait aussi à cette forme libérale de l'audiovisuel. La Grande Bretagne avait depuis une vingtaine d'années fait cohabiter public et privé. La Belgique jonglait avec la "télédistribution" (le câble). Quand à l'Italie, elle avait ouvert le domaine à qui voulait y entrer, cela allant même jusqu'à certaines débauches qui n'ont heureusement pas subsisté longtemps. Si ce "genre" de privé était arrivé à ce moment clé sur notre territoire, avec quelques chaînes gratuites, Canal aurait-il eu ses chances ? Mais ce "genre" n'est pas arrivé. Ou bien mal. Avec le basculement de majorité, deux canaux sans péage ont tenté l'aventure dès 1986, avec une éphémère TV6, mais aussi la Cinq, propulsée par le déjà puissant groupe de Silvio Berlusconi. Lequel a déchanté jusqu'à tout arrêter, ne parvenant pas à obtenir la couverture (en analogique terrestre à l'époque) qui lui avait été promise (TDF, alors division des Postes et Télécommunications, ne plantant visiblement pas assez vite les antennes), au point même de revoir les accords commerciaux conclus avec les annonceurs.

En clair, et sans raconter une histoire bien longue, il n'est pas impossible qu'André Rousselet, fondateur avisé, avait aussi la certitude d'avoir "le champ libre", au moins pour le temps nécessaire à ce que Canal devienne une chaîne avec de réels atouts, pour une population tout de même aisée, l'abonnement étant loin d'être à la portée de toutes les bourses.

Il reste que c'est "sous" André Rousselet que la génération Canal et son esprit (lequel, trente ans plus tard, ce qui est compréhensible, n'est plus totalement en phase avec le présent) ont pris corps, y compris l'initiative réussie du bouquet CanalSat, et donc du bouquet au sens large. Après tout, que l'initiative Canal ait été une affaire d'argent n'a rien de choquant, sauf peut-être par des soutiens insolites venus de très haut et, par voie de conséquence, à l'apparition de quelques obstacles semés de-ci de-là pour ralentir un peu une concurrence qui ne pouvait que surgir. Grâce à l'entreprise engagée par André Rousselet, l'Hexagone a trouvé le canal lui permettant de naviguer hors du moyen âge audiovisuel dans lequel il était empêtré. Cela vaut bien un coup de chapeau reconnaissant.

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Tag(s) : #L'info en temps réel, #- TV-Radios-Medias-Net

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