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Regard sur une soudaine (?) perte de puissance nationale...

L'édito, par Yves Dupré

JUSQU'À QUEL TROP MODESTE RANG S'ENFONCERA L'HEXAGONE ET POURQUOI S'ÉTONNER D'UN MÉCANISME QUI ÉTAIT TELLEMENT PRÉVISIBLE ?

Fierté oubliée

Sous Louis XIV, ce n'est finalement pas si vieux, à peine plus de 3 siècles, la France était la première puissance économique mondiale. Ce qui, notons-le, ne l'empêchait pas d'être endettée jusqu'au cou. On ne se refait pas ! Pourtant, cette notion de puissance économique est aussi floue que trompeuse. Alors que notre président François Hollande vient de s'acharner, au soir du 14 avril, à exposer ses convictions aux Français qui ont eu le courage de l'écouter, voilà qu'une nouvelle fort démoralisante s'est invitée dans l'actualité, nouvelle triste au point de faire sangloter Marianne. Nous ne sommes plus ni 4ème, ni 5ème, ni 6ème puissance mondiale. Relégué au 9ème rang, notre fier pays !

Après que le roi soleil eut rejoint le Dieu qui, affirmait-il et affirmait-on, l'avait fait monarque, les cartes de la planète ont progressivement été redistribuées. Une phase de métamorphoses sans équivalence a remodelé un monde où, entre pays déjà évolués, chacun s'est toisé par rapport aux autres en exhibant ses muscles, comprenez ses capacités à coloniser, à produire industriellement, à consommer, sans oublier la taille de sa population… Le Royaume-Uni et son Commonwealth, de ses possessions asiatiques aux comptoirs des Indes, est monté sur la plus haute marche du podium, avant de se faire chiper sa place par les Etats Unis d'Amérique, au lendemain de la première guerre mondiale, enrichis par les retombées du récent conflit, leurs matières premières, leurs initiatives industrielles, leur science de la consommation, leur taille et leur puissance de feu, au sens propre et militaire.

Au passage, des pieds de nez sont venus ponctuer le parcours des uns et des autres. Qui se souvient, à part les passionnés d'Histoire, que c'est à Versailles, dans la Galerie des Glaces, qu'au lendemain pile poil de la Commune (1871), une puissante union d'outre-Rhin fut signée et entérinée, donnant naissance à l'Allemagne, reléguant la Prusse dans son passé éternel ? Durant toutes ces périodes et même bien au delà, il allait de soi que le reste du monde, Afrique, Asie, etc, ne comptait que pour du beurre.

Mais voilà que la seule notion de puissance par la production, l'exportation, la consommation et autres évaluations plus ou moins associées au PIB, s'émousse. Car doucement, ces lointains territoires, ceux qui, justement, comptèrent si longtemps pour du beurre", rattrapent, doucement mais sûrement, les standards de vie des pays que l'on résumait il n'y a pas plus d'un quart de siècle par le raccourci "occidentaux, Japon compris" ou même "pays évolués"… A force d'être en voie de développement, ils finissent par se développer. Inéluctablement, le classement futur ne va plus se rapprocher que d'une simple hiérarchie quantitative. Nombreux, ils sont forts, moins nombreux, ils sont plus faibles. Les US savent que la Chine les talonne, voire les dépasse déjà, selon certains repères. Comme dans un jeu de chaises musicales, d'autres vont tôt ou tard venir à leur tour bousculer les ordres établis.

Avec l'alibi louable de ne plus vouloir se faire la guerre entre nations, les Européens ont imaginé de construire une union soudée et puissante, dans l'optique à peine dissimulée de peser autant que les US et de rester dans le sillage de ceux qui dénombrent leurs citoyens par milliards. C'est presque réussi. L'Europe compte, surtout quand on l'observe depuis les autres continents.. Elle met pourtant au grand jour des facettes vécues de manière parfois quasi humiliante pour ses membres. En France, un célèbre général avait maintenu, au moins dans les discours, et arme atomique en bandoulière, son Hexagone dans le club des "Quatre grands". Mais cet honneur un peu auto-fabriqué ne cesse de s'écorner. D'autant qu'une réalité s'impose, même en Europe, la France a bien du mal à maintenir son influence. A cause de deux partenaires : l'Allemagne, puissante et efficace, et le Royaume Uni, moins pimpant industriellement, mais manipulant un art d'attirer le business dont il use sans réserve. L'Hexagone croit encore pouvoir afficher avec une certaine prétention une facette d'industriel puissant. Il met en avant ses Airbus (réussite superbe), son armement, et ses cohortes de start-up dont on ne sait ce qu'il restera dans 5 ans. S'il existe un tissu productif non négligeable qui ne démérite pas, il ne faut pourtant pas oublier les fondements lointainement historiques que les enfants du baby-boom ont rabâchés du CP au certif : "labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France". Industrielle, la France ? Cela se saurait, même si elle compte quelques joyaux industriels incontestables. Dans une analyse façon marguerite, entre le pas du tout, un peu, beaucoup, passionnément et la la folie, c'est surtout le "un peu", mais sans plus, qui s'impose. Le pays a surtout vécu de son agriculture, et de ses autarciques structures. Dans de nombreuses villes de province et durant des décennies, l'économie s'est largement animée grâce à ses administrations, sa Poste, ses chemins de fer, ses garnisons. Des modèles sur lesquels l'organisation du travail a largement pris racine, ce qui explique certainement une part des difficultés rencontrées pour réformer ce qui devrait l'être, quand il n'est pas déjà trop tard.

Il y a au moins un point de repère qui confirme la perte d'influence de notre nation et que les professionnels de l'électronique grand public connaissent bien. Pour rationaliser, pour améliorer leur productivité, pour simplifier leurs structures, de nombreuses firmes internationales ont au cours de ces dernières années recentré leur organisation dans notre région du monde dans leurs sièges européens, implantés désormais sur un seul territoire. Le plus souvent en Allemagne, et pour certaines, au Royaume Uni. Les bureaux locaux n'ont plus réellement la main. Une proportion colossale des industriels du secteur EGP-numérique en est là. Force est de constater que ces multinationales n'ont pratiquement jamais choisi d'implanter leurs European Head Offices au cœur de notre pays. Avant de considérer avec effroi notre rang planétaire, ne serait-il pas urgent (s'il en est encore temps) de redonner à nos 551.000 kilomètres carrés (pour cela, notre statut de numéro 1 en surface est assuré) un rang plus en rapport avec nos nombreuses aptitudes ?

Si je devais n'en citer qu'une, je rappellerais que dans le monde entier, des millions de gens rêvent avant tout de visiter Paris, Versailles, les Châteaux de la Loire…

Tag(s) : #- Edito par Yves Dupré
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