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Réalité virtuelle : nouveau leurre exquis ?

QUELQUES PRODUITS "ETOILES FILANTES" ONT, CHACUN A LEUR TOUR, BRIÈVEMENT PONCTUÉ LA VIE DU MARCHÉ. LA RÉALITÉ VIRTUELLE NE RISQUE-T-ELLE PAS DE S'INSCRIRE UN JOUR DANS CETTE LIGNÉE DES ESPOIRS DÉÇUS ?

On en parle chaque jour davantage. On ne compte plus les industriels qui annoncent leurs offres les plus diverses pour cette réalité d'illusion. De l'ingénieux bout de carton aux créations technologiques les plus élaborées, c'est un vrai festival. Certes, cette technique a des côtés spectaculaires et même fascinants. Mais remplit-t-elle toutes les conditions pour qu'elle devienne un élément durable du marché grand public ? Peut-être pas. Ses inéluctables "problématiques" à venir ont déjà été évoquées dans nos pages. Il faudra sur le marché un standard (ou au maximum deux) pour que le concept se développe. Et pour qu'il se développe, il faudra surtout de réelles utilisations compatibles avec la vie quotidienne. Au risque de décevoir les plus optimistes, osons concéder que l'éventualité d'une soirée virtuelle en famille, avec trois ou quatre personnes ayant sur le visage leurs casques, achetés bon prix, ne nous parait pas être de celles qui se répèteront autrement que très occasionnellement. Il existe des utilisations plus ponctuelles et très spécifiques, comme pour le jeu vidéo (le meilleur axe pour un développement correct) et quelques autres applications (nous n'évoquons pas ici les facettes professionnelles, chacun son métier). Des niches, ce qui ne facilite pas l'idée d'un futur florissant, surtout à l'heure où le commerce, généraliste ou s'affirmant spécialisé, ne s'intéresse plus… aux niches (ce en quoi il a certainement tort, mais c'est une autre histoire). Plus on y pense, plus cette réalité virtuelle, si géniale, technologique, spectaculaire et prometteuse en fonctions et utilités soit-elle, ressemble avant même d'avoir pris son essor à ce qu'était la 3D il y a quelques années. Et de ce fait, ne risque-t-elle pas d'ajouter un nouveau chapitre à la longue et riche histoire des produits fantastiques qui n'ont, pour des raisons à la fois différentes et ressemblantes, animé les rayons durant une courte période puis, contrairement aux pronostics des meilleurs observateurs, sont repartis dans leur coin, loin des linéaires et au fond d'un cruel oubli. Souvenez-vous (ou décrouvrez, si vous étiez trop jeune pour avoir connu ces aventures) !

Réalité virtuelle : nouveau leurre exquis ?

Les morts-nés et les morts jeunes de la techno

Ils viennent à intervalles réguliers, font quelques petits tours dans les rayons, et puis s'en vont. Leurs fonctionnalités les font décrire comme des innovations majeures, voire propre à changer les habitudes, la vie, le monde. Et, c'est sûr, on va en vendre à la pelle, au tombereau, au wagon ! C'est une nouvelle catégorie. On fonce !

Ce fut le cas pour la CB, "CI-BI" pour les intimes. Tout le monde s'y est mis, marques spécialisées comme grands généralistes. Cela se passait au début des années 80, et avec un parfum de scandale : ces émetteurs – récepteurs fonctionnant sur la bande des 27 MHz permettaient aux automobilistes de se prévenir les uns les autres de la présence d'une "boîte à image", comprenez d'un radar contrôlant la vitesse. Il ne s'agissait pas encore des radars automatiques, mais déjà d'une menace pour un permis qui n'avait pas encore de points. Tous les canaux de distribution ont fait de la place dans leurs rayons pour cet équipement qui était un peu le précurseur des Coyotes et consorts. Comme ceux-ci, ils ont d'ailleurs essuyé les vives critiques des instances qui cherchaient à limiter le nombre des victimes de la route et comme nos actuels avertisseurs de "dangers", leurs promoteurs leur ont trouvé des fonctions nettement plus nobles. Ainsi, la CB a été décrite comme un outil capable de prévenir en temps réel tout incident pouvant se produire sur un parcours (cela nous rappelle quelque chose) et mieux, un outil de convivialité pour les professionnels (routiers) coincés seuls derrière leur volant durant des heures. Après quelques saisons très vigoureuses, la CB s'est repliée dans ses quartiers intimes.

Réalité virtuelle : nouveau leurre exquis ?

Le PDA, ou Personnal Assistant a aussi eu son heure de gloire. Rendons à César, ou plus exactement Steve Jobs, ce qui a failli lui appartenir. Tous les PDA étaient des enfants illégitimes de Newton, le premier du genre, qui a connu rapidement son chant du cygne. "Failli appartenir à Steve Jobs" ? Oui, car en fait, le co-fondateur de la firme à la pomme croquée avait été viré de sa propre société, et c'est sous le règne de l'élégant John Sculley, ex-PDG de Pepsi-Cola, que le joujou a surgi, un premier matin du CES de Chicago, mais pas dans le salon, la présentation ayant été organisée dans une salle de spectacle du cœur de la ville. Nouvel exemple d'emballement collectif, innovateurs, grandes marques, MDD… Tout le monde a son PDA, de Palm à Packard Bell, d'Amstrad à… beaucoup d'autres, largement de quoi construire un vrai linéaire. Mais la seule véritable fonction ayant pris son envol commercialement fut celle de Tom-Tom, d'abord logiciel pour un suivi GPS (avec possibilité d'entrer des… listes de radars routiers), une réunion hard et soft qui ne pouvait que se transformer en un système intégré. "Il faudrait trouver des applications", concédaient ceux qui étaient en charge de diffuser ces assistants personnels. Ils ont cherché… et les PDA se sont doucement effacés.

Réalité virtuelle : nouveau leurre exquis ?

On allait encadrer les photos ! Osons l'avouer : lorsque Sony a présenté l'un des premiers cadres photo, nous n'y avons pas réellement cru. Puis, le marché progressant d'abord doucement, puis vigoureusement, il a fallu se rendre à l'évidence, encore que… Tout le monde s'en souvient, le cadre photo a littéralement bondi, et s'est multiplié. C'est devenu LE cadeau de fin d'année d'une et même presque deux saisons. Il y avait tant d'arguments : on allait pouvoir faire défiler ses meilleurs clichés que le buffet du salon, ce qui tombait bien, compte tenu de l'envolée des APN. Mieux, c'était une formule excellente pour voir ce que le nouvel appareil photo ne laissait admirer que lorsque l'on avait un ordinateur et une imprimante. Et que dire de ces versions Bluetooth qui allaient permettre à toute mamy, à distance, de voir apparaître les dernières photos de ses petits enfants ! Sauf que les grand-mères, comme le reste de la population, a commencé à s'offrir des smartphones. Et puis ce truc qui fonctionne toute la sainte journée dans un salon où il n'y a personne, le bloc secteur et le fil qui empêche que l'on fasse correctement la poussière, vite, ça devient casse-pieds. De surcroît, de nouveaux dispositifs sont venus, ouvrant la voie à une bien meilleure manière de voir les photos : beaux moniteurs ou écrans de notebooks, téléviseurs… Il y a encore quelques cadres dans… quelques rayons. Mais pour ce feu de paille, c'est désormais l'ambiance des lendemains de fête.

Réalité virtuelle : nouveau leurre exquis ?

"La 3D, c'est nul, c'est du pipeau !" Celui qui nous l'a dit pour la première fois, d'une manière aussi crue et directe était un vendeur d'une FNAC de la région parisienne. Il avait d'ailleurs eu, honte à nous, droit à une petite critique écrite dans DVSM, qui nous maintenons quand même dans un sens essentiel : un intervenant dans un rayon ne peut pas dénigrer une offre sérieusement soutenue par l'enseigne dans laquelle il travaille, même si, intimement, sa conviction est que la voie est sans issue. Fraîchement enregistré, l'échec de la 3D n'était d'ailleurs pas inéluctable, sauf dans le sens où quelques industriels l'ont initialement positionnée. Stéréoscopie plus que 3D, le concept n'est pas nouveau, et il ne l'était pas non plus il y a 10 ans. Ni même 20 ans. Dans nos archives, nous avons une brochure en noir et blanc datant de la fin du 19ème siècle qui montre, avec des vues stéréoscopiques, les rues de New York. Nous possédons aussi un authentique appareil de la marque View Master, datant du début des années 50 (1950) et des disques de photos, dont certains montrent avec une superbe réalité (en couleurs) le premier Disneyland de l'histoire, tel qu'il était à cette époque, un document incomparable à tout autre.

Traits communs. Ce que l'on peut remarquer à travers les quelques existences éphémères évoquées ci-dessus (il y en a eu d'autres) tient dans le fait que si les équipements ont disparu, les idées ou motivations qu'ils tentaient de capter apparaissent en revanche comme de solides fils conducteurs. La continuité entre CB et avertisseurs routiers est évidente. Le "pagers", eux aussi retombés dans l'oubli, se sont prolongés dans les SMS, puis les MMS et autres messageries qui sont bien présentes dans la vie courante. La réalité virtuelle n'a peut-être que peu d'avenir sous la forme d'un support de contenus "soft" (en clair, des films ou des séries en VR). Si elle devient une sorte de transposition de la téléportation, sont avenir s'éclaire. Imaginons un iPhone7 doté d'une réalité virtuelle réciproque, entre deux correspondants, chacun faisant entrer l'autre dans sa réalité de ce fait bien moins virtuelle… Avouez que cela change la donne, même pour les rayons (qui pourront d'ailleurs en profiter, ce qui est du reste imaginable dès maintenant. Avec une réserve : les systèmes permettant de voir un point de vente à 360 degrés n'ont pas connu un très grand succès.

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