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EGP : un demi-siècle de bonheur facile, et maintenant…?

L'édito,

par Yves Dupré

Toutes les croissances ne se ressemblent pas. Celle qu'a vécu l'électronique depuis les années 50 jusqu'au début de l'ère numérique s'est construite sur une série d'aubaines dont tous les professionnels n'ont peut-être pas mesuré l'ampleur. Et pour dire les choses à la limite de l'insolence, ces coups de chance qui ont rendu le business facile pourraient bien avoir dispensé pas mal d'intervenants dans ce domaine des aptitudes et du talent dont d'autres professionnels, dans des secteurs pourtant très en vue (comme l'alimentaire ou la mode, entre autres), ont impérativement dû faire preuve.

Première de ces aubaines : la démographie. Au sortir de la seconde guerre mondiale, le baby-boom à non seulement apporté un surcroît de besoins, mais aussi donné naissance, au propre sens du terme, à une seconde génération, celles des enfants des enfants du baby-boom. Aux nécessités d'une France en reconstruction et de ses innombrables bébés à nourrir, se sont superposées celles des nouveaux ménages. Toutes les branches de l'économie en ont profité. La télévision et toute l'EGP qui a suivi se sont retrouvées sur cette vague porteuse sans avoir à faire la moindre prouesse.

Sur ce socle est venue se greffer la seconde aubaine, propre à l'électronique : l'innovation. Laquelle a permis la mise à disposition du plus grand nombre de nouveaux équipements apportant de nouvelles fonctions. La hi-fi, le magnétoscope, le baladeur audio, le caméscope, la console de jeu, l'ordinateur, avec de temps en temps ces fameuses "ruptures technologiques" (les vraies) qui incitent tous les ménages à s'équiper, donnant pour chaque équipement un "top départ" à taux d'équipement zéro.

La troisième aubaine est, en France toujours, la libéralisation des médias audiovisuels. Rappelons-nous qu'à la Saint Sylvestre 1980, le pays, à la différence de beaucoup d'autres dans le "monde évolué" d'alors, ne disposait encore que de trois chaînes de TV (d'Etat) dont deux en couleur et de trois chaînes de radio en FM (re-d'Etat), une masse colossale d'individus se retrouvant sur les trois ou quatre chaînes de radio dites périphériques, en modulation d'amplitude, privées, et donc privées... de tout émetteur sur le territoire national.

Avec une population et un nombre de ménages en explosion, des nouveautés à la pelle et un champ d'exploitation vierge qui s'est ouvert au grand large, fallait-il un immense savoir-faire pour vendre de tout comme des petits pains et même faire quasiment fortune? L'immense débit naturel n'incitait pas encore à la destruction de marges dont certaines étaient royales, de surcroît sagement préservées par des pros travaillant davantage pour vivre le mieux possible que pour prioritairement vendre "plus de bouts" que le concurrent le plus proche.

C'est peut-être à cause des séquelles encore présentes de ce passé, reconnaissons-le, facile, que la panique se soulève dès qu'une rupture technologique n'est pas là pour doper des ventes qui s'effritent. Même les promos les plus hardies n'apportent plus de résultat réel, (tout le monde vend "à la planche") à part la réduction naufragesque des résultats. Pire, la population ne s'accroît plus que d'une manière infinitésimale (attention à certaines envolées un peu trop optimistes sur ce sujet) et vieillit, avec par conséquent à la fois moins de besoins et moins de ressources. Pour ne rien arranger, les dernières innovations, comme le smartphone, véritable machine à tout faire, dévorent des usages et les multiples équipements qui leur étaient propres. La photo, le GPS version "device", le baladeur audio... tout se regroupe. Et la vraie rupture technologique pour tous se fait attendre, et pourrait se faire attendre encore longtemps. Le savoir-faire et le talent qui ont si longtemps été très facultatifs vont devoir devenir de pointe pour que bien des choses s'arrangent.

Qui se rappelle qu'avant d'avoir vu le téléviseur devenir le début d'un produit grand public, des petits malins, profitant des essais américains de bombes atomiques, ont inventé la "bombe anatomique", maillot de bain en deux pièces portant le nom de l'île de l'expérimentation, Bikini, avec lequel on fait encore du chiffre ?

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