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EGP, NUMÉRIQUE ET STATISTIQUES : UN SILENCE ÉTRANGE S'EST INSTALLE.

LE QUASI MUTISME DE TOUT UN SECTEUR N'ENGAGE-T-IL PAS SON PRONOSTIC VITAL, OU AU MINIMUM, N'OCCULTE-T-IL PAS UNE SUPPOSÉE VITALITÉ ?

Un métier devenu muet est un secteur en perdition. Au cœur des années 80, quand l'électronique grand public était en pleine expansion, pas un printemps ne se serait passé d'une conférence copieusement nourrie de mille et un indicateurs, proposée aux médias les plus nombreux possibles. En général tenue à l'heure des tout premiers beaux jours, au moins un point dominant était organisé par le SIMAVELEC, qui diffusait largement une plaquette dans laquelle les ventes des produits, équipement par équipement, étaient disséquées. A cette époque déjà lointaine, il était donc facile de savoir combien de téléviseurs avaient étés vendus, petits, moyens ou grands, par tranches de prix, ce qu'étaient l'évaluation du parc installé, les taux de possession, etc. Il en allait de même pour une flopée d'autres appareils : haute-fidélité (chaînes entières, éléments, enceintes), magnétoscopes, caméscopes, radiocassettes, radio-réveils, lecteur de CD, baladeurs, autoradios, haut-parleurs pour automobile, etc.

En revanche, on ne parlait pas ou presque, en dépit des innombrables discours à propos de l'inévitable convergence en perspective, de la micro-informatique (il ne fallait tout de même pas mélanger torchons et serviettes), pas plus que de la photo (qui vivait sa noble vie dans son noble univers), pas beaucoup non plus du jeu vidéo... A l'heure où l'Europe abaissait ses frontières, celles des organisations professionnelles tenaient bon. Une lacune qui était malgré tout corrigée grâce à d'autres entités fédératrices.

Progressivement, au confluent des années 80-90, une société spécialisée sur le comptage des ventes aujourd'hui bien connue (en clair, un très éminent panéliste) est venue à son tour face aux médias délivrer chaque saison un large et très instructif panorama de sa vision arithmétique et commentée des marchés. De sorte qu'il devenait encore plus commode de savoir quels produits étaient adoptés par les consommateurs et en quelles quantités, selon quelles nouveaux d'étiquettes, dans les différents canaux de distribution, et par tranches de prix selon ces mêmes canaux de distribution. Cela en n'occultant aucune famille d'équipements, même nouvelle, bien au contraire. Il devenait alors commode de comprendre, par exemple, que certains chalands avaient préféré s'offrir un téléphone mobile ou une console de jeu plutôt que de dépenser ce qui aurait financé quelques saisons plus tôt un nouveau baladeur ou une belle paire d'enceintes. Arbitrages de consommateurs qui sont allés presque plus vite dans l'établissement de cette convergence que ne l'ont pilotée les industriels.

Mais l'étalage des données intimes, même très instructif, ne plaît pas à tout le monde. Doucement, au fil du temps, quelques humeurs sont nées, émaillant l'enchaînement apparemment serein de ces communications, ne serait-ce que dans les dates où seraient lâchées à la faune des médias la substantifique information. Un "moi d'abord, non, c'est d'abord mon tour" que les intimes du secteur ont forcément décelé. Autre signe qui ne pouvait être trompeur : les infos sur les volumes ont doucement disparu. Ce qui change tout. Que peut apporter à la compréhension d'un lecteur du Parigo ou du Figarisien, acteur d'un autre métier ou simplement profane mais ni inculte ni idiot, de savoir que se sont vendus pour 32,48 millions d'euros d'un produit, et qu'un autre a enregistré une croissance de 14%, sans autre infos ou presque. ? N'est-il pas plus intéressant d'apprendre qu'en un an, 9 millions d'individus se sont équipés d'un écran plat, ou que 22,128 millions de consommateurs ont acheté un smartphone ? Naturellement, si les deux données sont réunies, comme au bon vieux temps, c'est encore mieux.

Bref, on devinait depuis un moment que la stat dans notre vaste domaine échappait doucement à une diffusion large, construite, structurée. Pourquoi ? Pressions ? Notons cependant, afin d'éviter tout malentendu, que GfK, seule société spécialisée dans les statistiques de ce genre et capable de réaliser un authentique travail de paneliste dans le domaine qui nous intéresse –comme dans beaucoup d'autres- ne nous a jamais refusé la moindre information (à la condition que celle-ci ne donne pas des indications spécifiques à une ou des entreprises particulières). Notons aussi qu'à l'opposé de la tendance, le SELL (pour le jeu vidéo) produit 3 fois par an un baromètre chiffré extrêmement fouillé,

Mais en 2016, une (ultime ?) étape est franchie. Nous venons d'aboutir à une sorte de point final de cette tendance sans doute fort préoccupante. Depuis que le SIMAVELEC a été intégré à l'AFNUM, plus de publication du tout, le très bon paneliste déjà évoqué ayant pour sa part converti la conférence de presse annuelle qu'il avait tenue jusqu'en 2015 en un complet mais rapide dossier de presse. Cette évolution de presque tout un métier, qu'il faut oser qualifier de dérive, n'est pourtant pas le résultat d'une incompétence ou d'une démission de telle ou telle entité, syndicat ou société de statistiques. C'est bel et bien ce qui découle de la volonté émoussée, négligée ou oubliée des propres acteurs des métiers de l'univers de l'électronique grand public (à moins que ce ne soit que le résultat d'une sorte de flemme. C'est vrai, communiquer de cette façon serait utile, mais il faut s'y coller !) N'occultons pas non plus le souhait de certains grands et puissants acteurs de se limiter à leur propres initiatives de communication, évitant ainsi, dans des opérations collectives, d'entraîner dans leur sillage des intervenants plus modestes qui sont aussi des… concurrents. Pressions ?

EGP, NUMÉRIQUE ET STATISTIQUES : UN SILENCE ÉTRANGE S'EST INSTALLE.

Ainsi, on n'entend plus grand-chose du côté de la photo (heureusement qu'une plaquette annuelle finement élaborée subsiste), l'électronique embarquée fait sans que personne ne l'y oblige une sieste prolongée, etc. L'IT, technologies de l'information, n'informe pas. Une réalité paradoxale, car bon nombre de secteurs ont du mal à maintenir le niveau de leurs ventes, ou d'en enrayer le repli. Faire "un peu de mousse" de manière à aller vers le grand public et, fantasme, recruter de nouveaux adeptes (clients…), stimuler les renouvellements, autant de tâches indispensables désormais de plus en plus confiées à la providence. C'est à en déduire que plus personne… n'y croit ! N'est-ce pas du fond des ténèbres qu'il est bon de croire en la lumière ?

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Tag(s) : #L'info en temps réel, #- C'est un avis

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