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Apple contre FBI : bras de fer et jus de boudin !…

PAS PLUS QU'UN COFFRE-FORT, AUCUN SMARTPHONE NE PEUT RESTER ÉTERNELLEMENT INVIOLABLE...

Il n'était pas facile d'avoir une position tranchée à propos du bras de fer qui a opposé les instances policières américaines et Apple sur le "déverrouillage" des contenus pour traquer des terroristes. Ainsi, en cette période où les attentats meurtriers se multiplient sous pratiquement toutes les latitudes, l'opinion la plus répandue était que, bien entendu, il fallait donner les clés des contenus aux autorités pour préserver la sécurité de tous. Mais il y avait aussi un autre avis, largement partagé, consistant à estimer que si l'on abaissait cette barrière du secret, elle pourrait devenir ouverte à toutes les formes d'investigations, même les plus inacceptables. La logique a tranché. La police du Nouveau Monde a trouvé comment accéder aux contenus, sans le secours de Cupertino (du moins officiellement).

Voilà qui remet en lumière ce qui se produit depuis la nuit des temps entre voleurs et experts de la sécurité. Les premiers brisent les limites de leurs capacités au fur et à mesure que les protections deviennent plus complexes à franchir. Rien ne se fige définitivement, C'est une aventure sans fin. N'a-t-on pas, encore récemment, vu quelques trésors de bijouterie quitter sans permission le joli décor de la place Vendôme ?

Dans le domaine des smartphones, lorsqu'un client vous demande si ce qui est dans la mémoire est protégé et inaccessible, ne répondez jamais pas l'affirmative. Le fait d'avoir été ouvert une fois en Californie fait de l'iPhone (et de ses concurrents) un instrument que d'autres vont désormais vouloir craquer à leur tour. Ne serait-ce qu'en réponse à un défi ainsi posé. Parallèlement, les responsables du verrouillage chez Apple, après s'être très certainement fait incendier pour avoir conçu ce qui désormais n'est plus qu'une passoire, soient depuis peu au travail pour consolider leurs protections. Chez d'autres fabricants, la démarche est sans doute similaire. Il reste que lorsqu'on décide de mettre des barrières, encore faut-il en déterminer la hauteur. S'il s'agit de protéger les vies privées, d'éviter qu'un mari jaloux fouille dans les fichiers intimes de son épouse, ou de protéger des informations professionnelles confidentielles, on imagine des niveaux de protection différents.

Et pour pouvoir traquer des terroristes ? L'eau vient de passer très vite sous le pont. Ils savent désormais que la planque n'est plus sûre. Ils ne vont donc plus rien y cacher. Et monsieur Tout le Monde, lui aussi, tout en ayant bien moins de choses à dissimuler que les fous furieux qui tirent à la Kalachnikov avant de se faire eux-mêmes sauter, va devenir prudent. Pas plus qu'il ne laisse traîner des papiers sérieux sur la table de la cuisine, il sait qu'il ne faut plus mettre dans un smartphone ce qui n'est pas à laisser à la vue de tout le monde.

Il reste un point important : la promesse. C'est l'axe capital sur lequel s'est articulée la passe d'armes entre police et fabricant de smartphones. Par définition, un iPhone (comme tous ses semblables) est un instrument de la mobilité… à travers le monde. La promesse d'inviolabilité ne peut être limitée à l'état californien ou au sol américain. Un utilisateur de ce téléphone peut se trouver aux prises avec les autorités de pays moins attachés aux libertés. Un journaliste (exemple pris au hasard) peut-il légitimement exiger que lui soit absolument garantie l'inviolabilité de son appareil s'il est pris en otage en Syrie, au cœur de l'Etat Islamique ou interpellé par les forces de l'ordre en Corée du Nord ? On pourrait aussi évoquer des techniciens dans des domaines pointus, cherchant la même protection si on leur vole leur portable. Etc. La justification des verrouillages change selon les circonstances et les localisations géographiques.

Du reste, le même raisonnement à propos d'une promesse de protection absolue se trouve au centre des discutions dans bien d'autres péripéties, comme lorsqu'il est par exemple question de comptes en banques à l'étranger. Un certain ministre ayant connu une douloureuse mésaventure s'est, chacun s'en souvient, obstiné à ne pas reconnaître des dépôts au pays du chocolat et des belles montres. Une attitude qui n'avait rien à voir avec un égarement psychologique, et dont on peut tout simplement supposer qu'elle était dictée par la certitude que les établissements où ses comptes avaient été ouverts respecteraient sans faiblesse ni maladresse le secret bancaire sans lequel il ne leur aurait à l'évidence rien confié. L'épilogue de cette affaire a, comme dans une morale de fabuliste, montré qu'au-delà d'une protection colossale, tout secret peut aussi être percé par un banal concours de circonstances (un message sur un répondeur dans lequel la possession de dépôts à l'étranger est stupidement évoquée). S'est-il passé quelque chose de semblable du côté de San Bernardino pour que les secrets d'un iPhone soient éventés ?

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Tag(s) : #L'info en temps réel, #- C'est un avis

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