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Japon : le scandale Toshiba remue le couteau dans la plaie de l'électronique nippone.

Jusqu'où ira la scoumoune du pays des samouraïs ?

Il fut une époque où l'électronique japonaise régnait sans partage au niveau planétaire. Lointaine époque qui laisse la place à une véritable atmosphère de naufrage. Rien ou presque ne va plus dans ce domaine au Pays du Soleil levant. En ayant trafiqué ses comptes pour tenter de présenter des résultats satisfaisants, Toshiba voit son destin déraper. Son président, Masashi Muromachi, a non seulement reconnu la manœuvre frauduleuse mais aussi concédé que son groupe accusait désormais de lourdes pertes. Ce qui se traduit par des suppressions d'emplois (certaines sources les évaluent à plus de 7.000, d'autres à environ 10.000). Et la firme tire un trait sur un certain nombre d'activités. L'électroménager passe à la trappe, de même que les ordinateurs. Cruel, quand on se rappelle que cette société avait été la première à ne produire que des portables (on dit aujourd'hui "notebooks"), ce qui lui avait aussi permis d'utiliser en pionnière des écrans plasma (monochromes).

La malédiction ? Le plus ennuyeux est que cette mésaventure semble n'être qu'un épisode d'une liste qui ne cesse de s'allonger, dans laquelle s'enchaînent des replis, des marchés abandonnés, des effondrements. Sharp (firme qui pourrait être rachetée prochainement par un taiwanais) accumule les pertes sur les écrans LCD. Les déboires de Panasonic ont alimenté les médias depuis des années, tandis que Sony, jadis roi du téléviseur avec son fameux tube cathodique Trinitron, a quasiment abandonné le créneau du petit écran, a revendu ses ordinateurs VAIO, et se bat avec l'énergie du désespoir pour ne pas sombrer dans la téléphonie mobile. Hitachi a depuis plusieurs saisons tiré sa révérence sur les marchés grand public, tandis qu'il ne reste plus grand chose de Pioneer, seule la division consacrée à l'électronique embarquée ayant survécu. Certes, cette vision est atténuée par le fait que certaines marques, via des fabrications sous licences, restent présentes dans bon nombre de rayons. Mais cela devient de plus en plus une illusion d'optique.

Vient alors la question : pourquoi ? Comment une industrie aussi puissante a-t-elle pu se rapprocher dangereusement du KO technique ? A cause des Coréens diront les uns, des productions asiatiques à bas coût diront d'autres observateurs. Ce n'est pas faux, mais insuffisant. Le manque d'inspiration et une analyse non pertinente des attentes des marchés semble mieux expliquer cette dégringolade, dont la panique n'est pas absente. Preuve en est le dérapage comptable de Toshiba, qui n'est pas un cas unique. Par exemple, on se souvient qu'Olympus avait aussi élaboré des documents comptables masquant ses déboires. Ce qui démontre qu'un certain nombre de dirigeants ont bien eu conscience des contre performances de leurs groupes, sans qu'ils n'y trouvent de parade… honnête ! Voilà qui appelle encore davantage d'analyse. Et qui nous fait revenir à une réalité toute simple : ce ne sont ni les états, ni les micro-climats locaux qui génèrent des réussites, mais bel et bien –et uniquement- des individus.

Sony avait-il tout déclenché ? (Où l'on revient aux racines réelles de toute réussite industrielle...) Au Japon d'après-guerre, les grands groupes déjà existants ont soudain été aiguillonnés par une jeune pousse particulièrement inspirée et dynamique. Sony, parti d'une équipe d'une vingtaine de personnes, sur le créneau du magnétophone, a gravi les échelons sous la conduite d'Akio Morita, son co-fondateur. Lequel n'a pas hésité à aller de en personne vers le nouveau monde proposer lui-même ses produits, véhiculant au besoin les colis par sa propre force musculaire. Dès les années 60, ce petit outsider a commencé à profondément agacer ses puissants concurrents nippons, installés dans leurs lourdes routines, mais qui ne voyaient pas encore dans cette étoile montante une adversité plus qu'infinitésimale. Mais progressivement, une fraction dominante de cette vieille et lourde industrie a dû se résoudre à suivre l'exemple et s'inspirer du nouveau venu.

Sony n'a commencé à perdre de vue les réalités que dans le milieu des années 90, lorsque le fondateur a disparu et son inspiration avec lui. De la même manière, ce n'est pas le climat américain mais bel et bien des individualités comme celles de Steve Jobs, Elon Musk, Larry Page, Jeff Bezos et quelques autres qui construisent l'ère numérique et l'activité économique qu'elle génère. Nous oublions Bill Gates ? Certainement pas. Mais ce fondateur inspiré de Microsoft a laissé la place à d'autres voici plusieurs années, et chacun peut constater la caractère chaotique du parcours de la firme désormais. Steve et Bill : rien à voir...

Quant au Japon, on y cherche vainement les axes forts du numérique dans lesquels brilleraient ses industriels. Ceux-ci espèrent probablement que les JO de 2020 qui se dérouleront sur leur sol rééditeront l'élan ayant suivi ceux de 1964, qui symbolisèrent cette succes story d'un Japon à qui tout réussissait : électronique, photo, moto, automobile…

Tag(s) : #L'info en temps réel

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